Young Liberty - La Genèse (Chap.8)
City of Heroes présente...
Young Liberty – La Genèse
Chapitre 8 : Le bunker, l'appartement et le temple
Contre toute attente, Jeremy gagna son pari. Avec l'aide de Juste Croix et de ses flèches explosives savamment dosées, il réussit à retrouver les câbles téléphoniques sous le sous-sol où ils se trouvaient. Pas l'endroit exact où ils avaient été sectionnés, bien entendu, mais il parvint à trouver une partie encore raccordée au réseau et, par un nouveau raccordement de câble traversant la pièce, à le raccorder à celui du bunker.
- Comment diable peut-on passer sous ce bunker ? Jura-t-il ; Je veux dire... on arrive à piquer l'électricité des lieux, à trifouiller le réseau téléphonique... vous êtes sûrs que c'est réellement un bunker ?
- Eh bien... j'imagine que c'est un bunker bon marché.
Pour un lieu faisant office de bunker, Samantha avait toujours été surprise de voir qu'il était si petit. Cela ressemblait plus à une "Panic Room" qu'à autre chose.
- Mais finalement, on y est quand même en sécurité, il a son propre réseau et du blindage partout. Bon, l'appellation "bunker" tient plus de la publicité mensongère pour accroître l'attractivité de l'immeuble qu'à autre chose, mais ça reste appréciable. Non ?
Samantha et Steve firent quelques autres sorties afin de trouver plus de provisions pour leur bunker secret, mais limitèrent autant que possible ces sorties. En effet, personne ne savait si le pouvoir de protection de Gisèle serait suffisant pour contenir la force de ce rayon d'énergie qui s'était révélé être directement émis par un de ces vaisseaux géant qui parcourraient le ciel au hasard, apportant sa destruction dans un parcours qui semblait totalement hasardeux.
- Moi, je pense que ma bulle peut suffire à nous protéger.
Les discussions entre Steve, Gisèle et Juste Croix n'étaient pas rares, et celle-ci n'en était qu'une de plus. Gisèle s'était pliée aux instructions qui lui avait été données lors de cette attaque, mais à présent, il n'était pas rare qu'elle mette en doute la réalité du danger.
- J'admets que ce jour-là, la puissance du rayon aurait pu me surprendre sans y avoir été préparée à l'avance. Peut-être même aurait-il pu briser ma bulle, votre décision était sans doute la meilleure. Mais aujourd'hui, je connais la situation. Si ce rayon se pointe à l'horizon, j'aurais le temps de m'y préparer. Au pire, ça me coûtera un peu plus de concentration. L'équivalent à ce que je dois fournir comme concentration lorsque je ne suis pas sous influx, quoi !
- Le pire, c'est que je te crois ! Expliqua Steve à son tour ; Il est probable que tu serais capable de contenir une telle attaque avec un effort accru, oui ! Mais il y a un doute ! Léger, certes, mais un doute qui est quand même présent ! Tandis que si je nous téléporte de trois minutes dans l'avenir, l'expérience nous a prouvé que la menace a eut le temps de s'éloigner !
- Et si le rayon stagne sur place, s'il est encore là quand tu nous fais réapparaître ?
- Ce n'est pas possible, ça ! Aux yeux de nos agresseurs, lorsque je nous fais disparaître, il n'y a rien d'autre qu'une explosion lumineuse ! Je paris qu'ils croient que c'est un résultat inattendu de leurs rayons sur notre installation !
- Qu'est-ce que tu en sais qu'ils ne voient rien d'autre que ça ? Tu disparais avec nous, au cours de la téléportation !
Ce genre de conversation, il y en eut à loisir pendant les mois qui suivirent l'attaque qu'ils avaient essuyés, à laquelle ils avaient réussi le tour de force de survivre. Mais chacun avait conscience que c'était finalement une bonne nouvelle de ne pas avoir à vérifier lequel des deux avait raison, puisque cela signifiait qu'ils n'avaient pas eut à se défendre contre un nouvel assaut.
Les Riktis. Personne ne sut comment ce nom était apparut sur toutes les lèvres. Un jour, ces terribles créatures s'étaient retrouvées affublées de ce nom, bien que personne ne sache si c'était leur véritable nom, ou s'il s'agissait là d'un nom que l'espèce humaine leur avait attribué. Jeremy affirmait que c'était le retour de sa connexion Internet dans le bunker qui avait permis de trouver cette information, mais Samantha était persuadée l'avoir vu prononcée pour la première fois par la grand mère qui vivait sur son pallier, un jour où elle était venue leur réclamer de l'eau.
Samantha et ses filles avaient totalement déserté leur propre appartement. Les filles restaient avec leur mère, avec les Super Héros qui se relayaient dans leur abri, tandis que Samantha avait prit l'habitude d'apporter son aide à Juste Croix et Gisèle, voir même à Steve lors des rares moments où il n'était pas dans le sous-sol à s'exercer au tir à l'arc, ou en plein débat avec Gisèle pour savoir qui des deux avaient le pouvoir sous influx le plus efficace.
Le flux de blessés qui venaient réclamer de l'aide avait finit par se stabiliser. Toutes les appartements des quatre premiers étages avaient été réquisitionnés pour les plus anciens, qui vivaient à présent par groupe de cinq à dix selon la taille du logement. Chaque semaine, il n'y avait pas plus de cinq nouveaux blessés qui venaient les voir, mais la plupart ne restaient jamais une fois leur plaies guéries.
C'est ainsi que Samantha arrivait à toujours être occupée dans cet immeuble sous protection, sans pour autant être débordée. Elle n'osait pas imaginer la charge de travail que pouvait avoir les nombreux autres abris qu'elle devinait ouverts à travers la ville, à travers le pays. Aussi faisait-elle son possible pour assumer au mieux sa tâche. Finalement, la vie était difficile, mais pas sans espoir.
- Salut Samantha !
Jeremy avait fini par délaisser sa connexion internet. Il passait la plupart de son temps avec Steve, lui apportant son maigre soutien dans ses efforts difficiles pour apprendre la maîtrise de sa nouvelle arme. Samantha avait même entendu dire que Jeremy avait lui aussi tenté de s'entraîner. Après avoir été incapable de simplement bander la corde de l'arc, il s'était résolu à abandonner. C'était donc quelque peu surprenant de le revoir là, plongé à nouveau dans la connexion du bunker.
- Te revoilà ? Lança-t-elle négligemment ;
Mais cette fois, il ne répondit pas. Il avait le regard brillant, et tapait sur le clavier de son ordinateur à toute vitesse, dans un état qui était proche de l'euphorie. Malgré le sourire, Samantha se demanda quelle nouvelle catastrophe était arrivée, et le rejoignit.
- Regarde... attends, ça démarre...
Le jeune garçon était franchement fébrile. Il tapotait nerveusement le matelas sur lequel il s'était assis, et regardait l'ordinateur qui, lentement mais sûrement, démarrait sa session.
- Tu ne peux pas te connecter à Internet de chez toi ? Je croyais que vous aviez bricolé un truc en wifi ? Demanda Samantha d'une voix légèrement anxieuse ; Avec le temps que tu as passé auprès de Steve ces derniers jours, il ne te refusera pas une petite téléportation !
- Si, mais pas ça... il fallait que je te le montre, et tu ne peux pas monter... il fallait que je vous le montre à tous...
Il recula alors, laissant Samantha regarder l'image qui s'affichait sur l'écran. L'ordinateur démarré, c'était à présent le navigateur qui se mettait en marche. Bientôt, les mots apparurent en gros sur l'écran.
<< C'EST FINI. L'INVASION RIKTIS A ETE REPOUSSEE. >>
Samantha était estomaquée. Incapable de dire quoi que ce soit, elle avait le regard figé sur ces épaisses lettres qui clignotaient sur l'écran, mais finit par parvenir à lâcher quelques mots qui sonnaient étrangement à ses propres oreilles.
- C'est... c'est fini ?
- Oui. Souffla Jeremy qui, vraisemblablement, n'arrivait pas plus à y croire que Samantha, malgré que ce fut lui qui lui avait apporté la bonne nouvelle, avant de parcourir la page web à la recherche de nouvelles informations à partager ; Ils disent qu'il peut rester des survivants, donc il faut faire preuve de prudence... mais ça y est, c'est finit.
Plus de six mois. Après tout ce temps, l'attaque de cet envahisseur venu d'une autre dimension était enfin repoussée. Samantha ignorait encore le prix qui était à payé, mais elle savait dors et déjà qu'il serait lourd. Combien de temps mettrait Paragon City pour se relever ?
- Il faut prévenir les autres. Souffla Samantha ;
- Je vais prévenir Steve et Juste Croix, ils sont au sous-sol.
- D'accord. Je vais voir Gisèle et mes filles.
Elle se leva, et jeta un oeil vers la cuisine. Il n'y avait personne d'autres que Jeremy et elle dans le bunker, mais peu lui en importait : elle savait déjà où trouver Gisèle. Elle sortit donc du bunker, suivit du regard Jeremy qui se rendait au sous-sol, puis prit l'escalier qui menait au premier étage, afin de se rendre dans l'appartement que la jeune femme appréciait tant lorsqu'elle tenait à se reposer.
Samantha s'apprêtait à monter après l'escalier lorsque deux silhouettes la bousculèrent et grimpèrent à toute vitesse. Samantha manqua de tomber à la renverse, et poussa un jurons à l'intention des deux inconnus.
- Ta gueule ! Lui répondit l'un d'entre eux.
Samantha fulminait intérieurement, mais elle préféra s'abstenir d'en rajouter. Depuis que les malades et les blessés affluaient dans leur immeuble, l'un des pires inconvénients avait été de voir à quelle vitesse les gens s'étaient appropriés les lieux.
Ils se croient vraiment chez eux... grognait-elle intérieurement.
Elle se concentra sur la bonne nouvelle du jour, qu'elle s'apprêtait à apporter à Gisèle : la fin de la guerre. Elle pénétra dans l'appartement, et se dirigea vers la chambre, qui était vide. Elle trouva Gisèle dans le séjour, assise sur un fauteuil, en pleine lecture d'un quelconque roman. Face à elle, Alice et Cécile était également en pleine lecture, assises sur un fauteuils, une bande dessinée posée entre elles deux.
Gisèle leva un oeil vers Samantha, qui regardait ses filles avec amusement. Elle posa son livre tandis que Samantha lui adressait un regard surpris.
- C'est la pause ?
- J'en ai besoin, oui. Et puis, c'est calme ces derniers temps, non ?
- Et pour cause. C'est fini.
Le regard de Gisèle changea, et ses deux filles redressèrent vivement leur tête, soudainement plein d'attention à son égard.
- Tu plaisantes ? Je veux dire... non, dis-moi que tu ne plaisantes pas, surtout !
- Je te le confirmes, le site Internet officiel du gouvernement américain, le seul accessible sur tout le territoire nationale, vient d'annoncer la nouvelle : Statesman vient de revenir vainqueur du monde des Riktis. On a encore très peu d'informations, mais tout est fini.
Gisèle était aussi bouche bêe qu'elle, lorsqu'elle avait appris la nouvelle. Ses filles, en revanches, furent nettement plus démonstratives : Alice jeta son livre en l'air, tandis que Cécile se mettait à sauter à travers tous le séjour en poussant des cris de jois.
- Et... est-ce que je vais devoir retirer mon champ de force ? Demanda alors Gisèle, sur un ton emprunt d'inquiétude ;
- Non. Ils disent que quelques Riktis peuvent encore se trouver sur Terre. Et ils y resteront, puisque les portails de téléportation fonctionnent encore.
- Ah. (Gisèle avait retrouvé son sourire) Au moins, si Steve en croise un, il saura où l'envoyer !
La réaction de Gisèle était surprenante. Les premiers jours passés sous le champ de force avaient été véritablement éprouvant pour elle, à cette époque où ils ignoraient encore les limites de l'influx sur ses pouvoirs. Mais à présent, elle semblait bien réticente à l'idée d'ôter son bouclier. Sans doute était-elle devenue si attachée à la protection de sa bulle qu'elle n'envisageait plus que difficilement la vie en-dehors ?
Les deux femmes rejoignirent le petit groupe restreint qui avait été mit au courant de la bonne nouvelle, et qui avait commencé à se réunir dans le bunker. Il y avait du champagne sur la table de cuisine, et Samantha devina qu'il fallait remercier Steve pour ce présent.
- Tu n'as pas volé ça dans un magasin, au moins ? Il y avait plus urgent !
- De quoi, les bouteilles ? Pas du tout : je me suis téléporté dans un magasin de champagne que j'avais visité l'année dernière, en France. Par chance, personne ne l'avait dévalisé !
Samantha resta interdite. Tout le monde riait de bon coeur, et la décision fut finalement prise de mettre au courant le reste des habitants de l'immeuble.
- Je me charge de prévenir les gens des étages les plus hauts. Lança Steve ; Je me téléporte au dernier étage, puis je descendrai étage par étage.
- D'accord ! Renchérit Gisèle ; Moi je commence par le premier étage, et je monte un par un. Le premier arrivé à l'étage centrale à gagné !
- Pas chiche ?
Gisèle ne répondit pas, et se précipita hors du bunker. Steve commença à se concentrer pour quitter les lieux, mais Samantha l'interrompit.
- Attend !
Steve sembla légèrement agacé par cette interruption, mais écouta la jeune femme.
- Est-ce que tu peux... m'emmener à mon appartement ?
Steve sourit. Il savait que Samantha n'y était plus retourné depuis ce jour lointain où elle s'était rendu à son étage pour avertir ses voisins de la présence d'un bunker où ils seraient en sécurité. Jamais elle n'aurait imaginé, alors, quelle allait être sa vie quotidienne pendant les mois suivants...
- Viens, je t'emmène !
- Maman ! S'exclama Cécile ; Je veux venir aussi !
- Moi aussi, Maman !
C'est ainsi que Steve quitta le bunker non pas seul, mais en compagnie de la jeune femme et de ses filles. Peu de temps après, un cri de joie retentit à l'extérieur du bunker, provenant vraisemblablement de l'étage supérieur. Juste Croix se laissa à un instant de rêverie...
- Steve va perdre son pari...
Il tourna alors les yeux vers la cuisine, lui confirmant qu'il était désormais le seul présent au rez-de-chaussée. Il prit son arc, et quitta finalement les lieux. Steve mettrait plusieurs heures avant de réaliser que son mentor l'avait quitté sans même un au revoir.
Quelques minutes s'étaient seulement écoulées lorsqu'une silhouette féminine apparut dans l'embrasure de la porte. Couverte de poussière, tapie dans l'ombre d'un hall d'entrée sans lumière, elle hésita devant l'escalier, puis finit par se diriger vers le sous-sol.
***
C'est avec cette même euphorie désormais habituelle que Samantha se matérialisa dans le couloir, juste en face de son appartement. Steve recula, et laissa la jeune femme reprendre son souffle. A leurs côtés, Cécile et Alice eurent un hoquet de dégoût en apparaissant, aussitôt remplacé par un air d'intense satisfaction.
- Bon sang... lança Samantha ; Je vais rendre mes filles accros... à la téléportation !
Steve déposa une bise sur la joue de la jeune femme et, après l'avoir remercié pour son aide au cours de ces derniers mois, disparut devant elle, non sans lui avoir rappelé qu'il avait un pari à remporter !
Samantha et ses filles entrèrent dans leur appartement, après une absence de longs mois qu'ils avaient pourtant passé tout près de lui. C'était une redécouverte que d'arriver ici, mais également une surprise de voir que rien n'avait changé. Sauf peut-être le séjour, dont les hautes portes vitrées étaient couvertes de fissures, dessinant une vaste toile d'araignée sur la vitre, et qui amena Samantha à se demander si une invasion de Riktis était prise en charge par sa police d'assurance.
- Maman, regarde, les immeubles ont presque tout disparus !
Alice était stupéfaite, mais si Cécile ne disait rien, c'est que son petit visage montrait une émotion si vive qu'elle s'était de toute évidence retrouvée sans voix. Effectivement, le paysage que dévoilait la vitre endommagée pouvait sans rougir être qualifié d'apocalyptique : les immeubles autour d'eux étaient soient rasés, soit à moitié détruits, et de toute part autour de l'immeuble, autant qu'elle pouvait le voir depuis son point de vue, s'élevait d'épaisses fumées marquant avec précision les dégâts terribles qu'avaient essuyés de nombreux points d'Atlas City.
Et pourtant, en levant les yeux, Samantha ne put réprimer une miette de satisfaction. Il n'y avait plus dans le ciel ni cercle rouge, ni vaisseaux. Bien que ce triomphe était on ne pouvait plus amère, à voir ce ciel couvert de nuages noirs poussiéreux.
- C'est la nuit ? Demanda Cécile ;
- Non, ma chérie... c'est la fumée qui recouvre le ciel... écarte-toi, ça peut se casser.
La jeune fille était appuyée sur la vitre, et Samantha était loin d'avoir confiance en ce verre brisé, d'autant plus que la barrière métallique qui aurait dû servir de protection derrière les portes fenêtres avait disparut.
- Les filles, que diriez-vous d'aller boire un bon chocolat ?
- Bonne idée.
Samantha se retourna, et se dirigea vers la porte menant vers le couloir, lorsque deux silhouettes familières apparurent devant elle. Il s'agissait, lui semblait-il, de ces deux grossiers personnages qui l'avaient bousculée dans l'escalier, quelques minutes plus tôt.
- Excusez-moi de vous dire ça... leur dit-elle aimablement ; Mais je crains que vous soyez dans une propriété privé. Je veux dire... ce logement-ci n'a pas été déserté.
- Je te reconnais... lança l'un des deux hommes ; T'es la gonzesse en bas de l'immeuble, là ! Tu fais partie de ceux gens qui soignent les blessés dont tout le monde parle dans le quartier ?
Un peu agacée, la jeune femme acquiesça. Voir ainsi présenter les multiples et difficiles efforts qu'elle et ses compagnons avaient dû faire depuis plusieurs mois pour apporter une aide aux nécessiteux en cette terrible période de guerre, c'était agaçant. Mais à la mine de ses deux interlocuteurs, quelque chose lui disait qu'il valait mieux éviter la provocation : celui des deux qui venait de lui parler portait un long blouson noir, et son crâne chauve était orné de nombreuses cicatrices. Et ce n'est pas son maillot blanc ou son jean bleu usé qui suffirait à banaliser son apparence. Pas plus que celle de son acolyte, un type en maillot rouge et manche courte, dont la couleur était étrangement accordé avec la couleur de ses cheveux en pointes.
- Comment tu as pu arriver aussi vite ? Lança Crâne Chauve ;
Ce type aux cheveux rouges s'écarta alors de son camarade, et dévoila un bras blessé. Un large hématome lui recouvrait l'avant-bras.
- Tu es une Super Héroïne, c'est ça ? Tu as demandé à ton pote de te téléporter ? J'ai entendu qu'il y avait des gens dans cet immeuble qui pouvait soigner toutes les blessures, c'est ça ton pouvoir ?
- Mon pote a besoin que tu le soignes, vite !
Les deux hommes s'avançaient à présent vers elle, et un couteau avait fait son apparition dans les mains de Cheveux Rouges. Craintives, Alice et Cécile se tapirent derrière leur mère, qui tenta d'amadouer les deux agresseurs.
- Je n'ai pas de pouvoirs, moi. Mais j'ai de quoi vous soigner en bas : je vous ferai un massage avec de la pommade, et un bon bandage.
- Ouais, et bien entendu, il va falloir qu'on descende, c'est ça ? Cracha-t-il ; Et comme ça, ta copine pourra nous arrêter, elle ou bien un de tes nombreux potes Super Héros ?
- Ecoutez, je ne veux pas d'histoires... je ne peux vraiment pas vous soigner, je n'ai aucun pouvoirs !
- ARRETE DE MENTIR !
Crâne Chauve frappa violemment le mur à sa droite, et lança à Samantha un regard furibond. Effrayée, la jeune femme gardait ses filles dans son dos, et reculait pas à pas, à mesure que ses agresseurs s'approchaient, menaçants.
- Je vous assure ! Implora Samantha ;
- Et si c'est vrai, tu dois avoir de quoi nous soigner ici, non ?
- Nous... avons vidé les stocks de tous les appartements. On en a eut besoin dans le bunker, c'est grâce à ça qu'on a pu soigner les gens !
- J'espère pour toi que tu racontes des bobards, ma jolie... parce que mon pote et moi, on a besoin de rester au frais quelques temps. Donc toi et nous, on va devoir devenir très amis. Et quand on est amis, on prends soin les uns des autres, on soigne les blessures de ceux qui galère dans leur vie.
Cheveux Rouge s'était approché tout près de Samantha, collée à ses filles qui, elle même, étaient collés à la vitre lézardées de fissures. Cheveux rouges se massait l'avant bras d'un air à la fois endolorie et quelque peu obscènes, laissant s'égarer son regard sur la poitrine de Samantha.
- Du coup, si tu ne peux pas me soigner, il va falloir... trouver un moyen de... prendre soin de moi. On se comprend ?
- Pitié... implora à nouveau Samantha, les larmes envahissant ses yeux ; Pas devant mes filles...
- Tes filles ? (Il jeta un regard sur les visages des deux fillettes, qui se tapissaient derrière la jeune femme) Mmm... si tu tiens à elle, je pense qu'il serait temps de les envoyer coucher. Tu ne crois pas ?
Le coeur de Samantha se serra. Une agression, une tentative de viol, moins d'une demi-heure après l'annonce de la fin de la guerre contre les Riktis. Il y avait là une sinistre ironie qu'elle avait du mal à saisir. Mais au fond d'elle, elle ne pouvait que s'y résoudre : son violeur lui offrait d'éloigner ses fillettes, de leur offrir leur sécurité en échange de leur corps. De longues larmes couvrirent son visage tandis qu'elle s'apprêtait à envoyer ses filles s'isoler dans leurs chambres.
- Vous voilà ?
Une voix féminine et autoritaire retentit alors. Dans le couloir, observant la scène dans l'embrasure de la porte, une jeune femme blonde au costume de couleur dégradée rouge et bleu venait d'apparaître, arborant un large diadème au-dessus de la poitrine, accompagnée d'une ceinture couleur or et de petites mais solides épaulettes. Samantha les reconnut instantanément, mais fut incapable de dire un mot, au contraire de ses filles, qui poussèrent un cri de triomphe à l'intention de la nouvelle venue...
- MISS LIBERTY !
Tout se passa à une vitesse extraordinaire. A tel point que Samantha ne put qu'être subjuguée par la puissance et la grâce qui se dégageait de la Super Héroïne à cet instant. Miss Liberty plongea sur Crâne Chauve, le plus proche d'elle, et le frappa à l'estomac. L'instant d'après, alors que Cheveux Rouges n'avaient qu'à peine eut le temps de se tourner d'un tiers vers elle, couteau dressée, Miss Liberty lui asséna une série de coups d'une violence inouïe. Sous le choc, Cheveux Rouges se retrouva catapulté en arrière, et heurta Samantha qui, à son tour, se retrouva compressée avec ses filles contre la vitre dans leur dos.
- Maman !
Il y eut alors un craquement. Comme une feuille que l'on déchire. Puis du verre se brisa, et ce fut autour de la mère et de ses deux filles comme si une myriade d'éclats brillants les enveloppait. Elle sentit son corps happé en arrière, et sa chute se prolongea longuement. Et une pensée étrange lui frappa alors l'esprit.
Miss Liberty, t'es vraiment la reine des connes !
Il y eut ensuite une douleur incommensurable. L'espace d'un instant, Samantha tenta de résister au sommeil qui la tirait vers l'oubli, mais l'effort colossal qu'elle fournit pour tourner les yeux lui offrit comme seul spectacle que les visages sans vies de ses filles, couverts de sang, et d'un peu d'une matière blanchâtre qu'elle se refusa d'identifier.
Miss Liberty...
Cette fois, ce fut une rage incommensurable qui l'envahit. Une rage indescriptible qui l'accompagna dans l'oublie, une fureur qui l'enveloppa comme une couverture chaude tandis qu'elle se dirigeait vers l'au-delà. Puis il y eut une voix, ferme et douce à la fois.
- Samantha ? L'heure est venue.
Samantha ouvrit les yeux. Elle regarda autour d'elle. Tout était blanc, comme en plein nuage. Elle ne voyait rien à plus de dix centimètres, et pourtant face à elle, elle pouvait très clairement voir une silhouette lumineuse, et su d'instinct qu'elle l'attendait.
Samantha se dirigea vers la silhouette de lumière, intriguée. Peu à peu, la couche nuageuse dans laquelle elle semblait évoluer s'écarta d'elle, dévoilant un paysage semblable à certains qu'elle a vu à la télévision, dans des reportages de la Grèce antique. Des colonnes s'élevait tout autour d'elle, comme si elle s'était trouvée dans un gigantesque temple dont elle ne pourrait voir le plafond.
Quant à la silhouette lumineuse, elle avait à présent prit l'apparence d'un homme plus ou moins âgé, plus jeune cependant que ne l'était Juste Croix, mais qui lui ressemblait en raison de cette large toge qu'il arborait. Mais lui, ce n'était pas un arc qu'il arborait, mais une longue épée, ainsi qu'un couteau le long de sa jambe.
- Bienvenue, Samantha.
- Qui es-tu ? Lança-t-elle, sentant la colère refluer en elle ; Qu'est-ce que je fais là ?
- Qui je suis importe peu. Quand à savoir ce que tu fais en ce lieu, je crois que tu le sais.
A nouveau, la rage emplit le coeur de Samantha. Bien entendu qu'elle savait. Elle se souvenait parfaitement de Miss Liberty qui avait agressé ces deux types qui avaient tenté d'abuser d'elle, sans aucun ménagement, jusqu'à la pousser à travers la porte fenêtre de son appartement.
- Miss Liberty... grogna-t-elle ; Elle m'a tuée...
- Ce n'est pas exact, et tu le sais.
- Où sont mes filles ?
L'homme la dévisagea, sans parler. Un instant, Samantha sentit un espoir naître en elle. L'espoir que l'image fugace qu'elle avait eut juste avant l'oubli n'ait été que le fruit de son imagination.
- Tes filles sont déjà passé à l'étape suivante. Elles sont mortes quelques secondes avant toi, et n'ont eut aucun mal à accéder à un lieu plus idyllique.
- Je veux les voir.
- Je crains que ce ne soit pas aussi simple.
- Ce sont mes filles, et je veux les voir. Qu'y a-t-il de compliqué là-dedans ?
Ses mots étaient durs, froids. Elle bouillonnait à l'intérieur. Après des mois de vie en pleine guerre. Après avoir affronté milles dangers, après avoir survécu à un rayon d'énergie dévastateur... voilà qu'elle périssait sous les coups de Miss Liberty.
- Ce manteau de haine dans lequel vous vous complaisez en ce moment. Tant qu'il sera autour de vous, vous serez bloqué ici, je le crains.
- Miss Liberty m'a tuée ! Après m'avoir prit mon mari, elle m'a enlevé la vie, à moi et A MES FILLES !
- C'est faux, et vous le savez !
Samantha fulminait plus encore en constatant le calme avec lequel cet individu accueillait sa colère, avec quelle indifférence il balayait ses hurlements. Samantha ferma les yeux, et tenta de chasser cette rage en elle. Malgré le visage moqueur de Miss Liberty qui s'imposait à son esprit, elle parvint tant bien que mal à reprendre un peu de son calme.
- Où sont mes filles ? Où sont-elles ?
Derrière l'homme se dessina le contour d'une porte. Cependant, si le rectangle de lumière était apparu, la porte n'en restait pas moins fermée. .
- Tu as fait un pas vers le lieu où elles se trouvent. Elles sont juste derrière cette porte. Elles t'attendent. Et elles ne sont pas les seules, Samantha. Ton mari a hâte de te revoir, lui aussi.
Samantha esquissa un sourire. Son mari. Elle avait oublié que lui aussi se trouvait... derrière cette porte. Il l'attendait depuis des années. Probablement avait-il déjà accueilli ses filles. Il allait pouvoir prendre soin d'elle, si son absence devait s'éterniser. Samantha se sentait à présent plus calme. Elle leva les yeux vers l'inconnu, et lui adressa un large sourire.
***
- Où est Maman ? Demanda Cécile ;
Alice et Cécile était dans un champ remplis de fleur. Une étendue verte qui s'étendait sur une surface si large qu'elles étaient bien incapable d'en voir le bout. Les deux jeunes filles se sentaient plus sereines depuis leur arrivée. C'est comme si, en entrant dans ce lieu loin du monde physique, leur esprit avait été débarrassé des contraintes physiques de leur corps, pour y gagner un esprit plus mûr. Comme si, débarassées du carcan mortel qui les enveloppait sur terre, elles avaient gagné en récompense une maturité nouvelle.
- L'homme a dit qu'elle était morte un peu après nous. Il a aussi dit qu'elle était plus âgée, et qu'elle avait donc plus de pêchés à se faire pardonner Et surtout, à se pardonner à elle-même.
- J'ai envie de voir Papa...
Alice lui sourit.
- Eh bien vas-y, va le rejoindre ! L'homme nous a dit que nous n'étions pas obligé d'attendre, non ? Il nous a même incitées à rejoindre papa pour l'attendre là-bas.
Cécile hésita un instant, puis eut un large sourire. Elle prit sa soeur dans ses bras, puis s'éloigna d'elle, marchant sur un petit chemin de terre qui se perdait derrière l'horizon.
A peine eut-elle disparut qu'Alice sentit un douce chaleur derrière elle. Se retournant, elle découvrit que la porte qui l'avait amenée se dessinait à nouveau. Bientôt, la porte de lumière fut totalement ouverte, mais personne ne la traversa.
- Maman ?
Intriguée, Alice passa le portail de lumière, et se retrouva dans le temple qu'elle avait vu à son arrivée. Mais tout avait bien changé. Les nuages avaient prit une teinte noirâtre, comme des nuages prêt à faire tomber la pluie. Et à terre, à seulement quelques mètres d'elle, l'homme qui l'avait accueillit était allongé face contre terre, couvert de sang.
- Monsieur !
Alice se précipita vers l'homme, allongé sur ce sol indéterminé. Elle le tourna face levé vers le ciel, et réalisa que ce qu'elle avait prit pour des tâches de sang n'en était pas : il s'agissait plutôt de petites bulles de lumières rouges et brillantes, comme de petites lucioles qui s'échappait de ce corps pour disparaître vers le ciel.
- Monsieur ? Que se passe-t-il ?
- Elle... mes armes... elle n'aurait pas dû... elle n'aurait pas dû pouvoir... ce n'était qu'une représentation de vos esprits... elle m'a frappé avec, elle est partie... je n'avais jamais senti tant de haine... elle a corrompu tout le temple... ces armes... elles n'étaient pourtant pas...
- Qui, monsieur ? Qui vous a fait ça ?
- Ta mère...
Alice sentit son coeur se serrer dans sa poitrine - du moins c'est la sensation qu'elle ressentit, qu'il y eut un coeur ou pas à cet emplacement. L'homme la regarda d'un air implorant.
- Tu dois la ramener... suis-là, trouve-là... empêche-là de se corrompre plus qu'elle ne l'est déjà... son âme finira par se fondre dans le néant... trouve ta mère, jeune fille... trouve-là...
Perdue par un discours aussi confus, Alice vit le corps de cet inconnu, de cet homme qu'elle ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam se dissoudre dans l'air sous ses yeux, tandis que les petites bulles rouges s'éparpillaient tout autour d'elle.
- Comment je fais ça ? S'exclama Alice ; Comment je la suis ?
Pour seule réponse, une large lueur apparut au loin sur sa gauche, parmi les nuages noirs qu'elle avait vu en revenant dans cette pièce. En se redressant, Alice repensa aux paroles du vieil homme...
Elle a corrompu tout le temple...
Malgré ce funeste présage, Samantha s'avança parmi les nuages noirs, qu'elle sentit aussitôt se coller à elle, comme autant de sangsues prêtes à dévorer son essence, son âme. Pire, les nuages étaient épais, luttaient contre sa progression vers ce passage que le vieil homme, elle en était sûr, venait de lui ouvrir. Elle lutta cependant, et arriva jusqu'à la zone de lumière dans laquelle elle s'engouffra.
J'arrive, Maman... Je viens te sauver...
à suivre...
Thomas...