Young Liberty - La Genèse (Chap.6)

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Young Liberty – La Genèse

Chapitre 6 : Loin du Bunker


Il n'y eut pas d'autres tentatives d'ouvrir un portail au coeur du bunker. Samantha avait d'abord cru que c'était une attaque ciblée contre eux, mais une information relayée sur Internet lui apprit que ce genre d'attaque surprise au coeur des habitations étaient courantes depuis quelques jours. Elle fut également heureuse de savoir que la principale flotte ennemi avait été repoussée.


- Viens voir !!


Une fois par jour, Jeremy venait utiliser son ordinateur dans le bunker. Considérant ce lieu comme le "quartier général de la résistance", comme il le disait lui-même, il avait laissé son ordinateur branche au réseau, bien que dissimulé derrière les matelas. Heureusement, car cela lui avait évité d'être prit dans la tempête de neige qu'avait déclenché Steve Alton.


- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Regarde.


Ces images que vit alors Samantha restèrent incrustées dans son esprit pour le reste de sa vie. Jeremy venait de mettre en route une vidéo où l'on voyait un gigantesque vaisseau, un de ceux qu'elle avait vu apparaître au loin le jour du début de l'invasion, mais cette fois elle le voyait de beaucoup plus près.


Un visage masqué apparut. Un demi-casque posé sur l'avant du visage, un tissu rouge sur l'arrière en harmonie avec le reste de son costume aux couleurs du drapeau national... Statesman venait d'apparaître, les yeux levés vers le ciel. Soudain, il s'éleva droit vers la terrifiante masse métallique de forme circulaire qui déchaînait le feu et la mort sur son passage. Il arriva sous la structure, pénétra dans le cercle de lumière qui se trouvait à sa base et y disparut. Il s'en suivit un impressionnant nombre d'explosions à travers le vaisseau ennemi, qui commença à chuter, tandis que plusieurs Super Héros le regardait au loin, Statesman en tête.


La vidéo était terminée. Samantha était stupéfaite devant cette attaque. Statesman était véritablement surpuissant, elle le réalisait à présent.


- Alors, ça y est... murmura-t-il ; La riposte a commencé...

- D'après les infos, c'est cette riposte qui a causé l'apparition des cercles sur terre. Ils ont tenté une contre attaque depuis le sol. Il paraît qu'ils vont envoyé une armada de Super Héros dans le monde d'origine de ces créatures...

- On a des vaisseaux pour ça ?

- Des vaisseaux ? Ce ne sont pas des Extra-Terrestres, Samantha... ce sont des créatures d'un monde parallèle !


Samantha sentit son coeur se serrer. Elle connaissait bien cette histoire. C'était la même chose qui avait amené la destruction sur la terre la fois précédente. Cette invasion était donc encore dû aux travaux de la Portail Corp.


- Et Steve, comment va-t-il ? Demanda Jeremy.

- Il va bien. Il a utiliser son pouvoir avec une force qu'il n'avait jamais atteint, selon Juste Croix. Il dort presque non stop depuis deux jours que nous avons été attaqués.

- Et cette neige ? Je savais qu'il avait des Dons de téléportations, mais je ne savais pas qu'il maîtrisait le froid ! Quand je pense au temps qu'on a mit pour tout déblayer...


Samantha sourit. Effectivement, les deux jours qui venaient de passer avaient presque intégralement été utilisé pour retirer l'épaisse neige qui avait recouvert la créature qui les avait attaqué. Ils avaient d'abord proposé de la déposer dans la rue, mais Juste Croix avait à juste titre fait remarquer qu'il serait judicieux de ne pas narguer les autres créatures avec le corps d'un de leur camarade mort. Il avait ensuite prit sur lui d'emporter le corps, et Samantha ne lui avait pas demandé ce qu'il en avait fait.


- Il a eut quelques instants d'éveil. Répondit Samantha ; Je lui ai posé la question. Il m'a dit qu'il avait eut en pleine action l'idée de créer un portail vers la Sibérie, qu'il avait visité il y a des années. Il a pensé à la zone la plus froide qu'il y avait vu, un lieu souvent sujet à des tempêtes de neiges. Quant à savoir comment il a pu faire de son propre corps un portail de téléportation... il en a aucune idée. Je crois que c'est son instincts de survie qui lui a fait réaliser cet exploit.


D'ailleurs, elle se souvenait à ce petit carré de lumière qu'il avait créé dans sa main, lorsqu'il lui avait raconté comment Influx l'avait aidé à maîtriser son pouvoir. Déjà à ce moment là, elle avait senti un léger courant d'air en sortir. Pas un vent de Sibérie, en tout cas. Ou rien de comparable à ce qu'il avait déchaîné contre leur agresseur.


- Mais au final, il dort encore. Il a besoin de beaucoup de sommeil, après l'effort qu'il a fournis.


Jeremy se tourna vers Samantha, et lui adressa un sourire.


- Tu sais à quel point on a été utile, n'est-ce pas ?


Elle haussa les épaules.


- On a soigné une vingtaines de personnes, tout au plus.

- Plus que ça, même si j'ai pas fait le compte. Et vu les victimes qu'on fait ces créatures, ce n'est peut-être qu'une goutte d'eau dans l'océan, mais ce n'est pas rien pour autant. Toi, et Gisèle, vous avez apporté de l'espoir dans le quartier. Aucun d'entre nous n'oubliera.


Gisèle. Samantha eut un pincement au coeur à ce nom. Elle appréciait Gisèle, elle savait à quel point son aide avait été précieuse. Mais au final, c'est elle qui avait réellement été indispensable, dans cet immeuble. C'est grâce à Gisèle qu'ils n'avaient pas tous été obligés de rester cloîtrés dans ce bunker.


- Sais-tu où sont mes filles ?

- Dans la cuisine, avec Juste Croix. Elle ne le lâche plus d'une semelle ! Elles étaient très proches de Steve, auparavant, il me semble. Je me trompe ?


Samantha esquissa un sourire.


- Elles ont une passion pour les Super Héros. Comme leur père.


Il y eut un court silence imprégné de malaise entre eux-deux.


- Comment avez-vous perdu votre mari ?


Samantha perdit instantanément son sourire.


- Miss Liberty l'a tué.


Et sur ces mots, elle se leva et rejoignit la cuisine, où elle trouva effectivement ses deux filles assises face à Juste Croix, qui était en train de nettoyer ses flèches.


- Qu'est-ce que vous faites ?

- Je n'ai pas beaucoup de flèches. Ca a été difficile de récupérer ces flèches, mais j'y suis parvenu. À présent, je les nettoie pour qu'elles soient utilisables en cas d'urgence.


Outrée, Samantha dévisagea ses filles, totalement hypnotisées par les mains du vieux justiciers, nettoyant ses flèches.


- Vous ne pouviez pas faire ça ailleurs ?

- Vos filles ont déjà vu pire que le nettoyage de simples flèches.


Samantha ne répondit pas. Ce n'était pas faux, mais ça ne changeait rien à son désir de la protéger... de la protéger de tout, du monde extérieur, de la vie. Juste Croix leva les yeux vers les jeunes filles.


- Mais votre mère a raison, les filles. Vous avez assez vu d'horreur, et votre mère a sans doute envie de passer du temps avec vous.


Les deux fillettes s'exécutèrent sans aucune objections, ce qui surpris Samantha, qui s'attendait à de fortes protestations après les avoir vu aussi passionnées par ce spectacle qu'il leur offrait. Elle se demanda si c'était l'autorité naturelle d'un Super Héros qui les rendait si dociles, ou si c'était simplement l'ennuie dans le bunker qui les avaient au contraire poussées vers lui.


Revenue dans la pièce principale avec ses filles, Samantha constata que Jeremy avait quitté le bunker. Ce n'était pas plus mal : elle pouvait avoir un peu d'intimité avec ses filles, ce qui n'était pas des plus courant depuis quelques semaines.


- Maman, pourquoi on ne rentre pas à la maison ? Demanda Cécile ;

- Vous voulez laisser votre maîtresse toute seule ?

- Elle est pas là. Elle se promène dans l'immeuble.


Gisèle ne se "promenait" pas réellement. Elle passait son temps à rechercher les bouteilles d'eaux qui avaient été cachées par Steve depuis l'intrusion d'une créature ennemie dans le bunker, mais en vain. Heureusement, il avait récupéré un bon stock d'eau peu de temps avant l'attaque, et ils avaient encore de quoi tenir quelques temps. Quant aux autres habitants... il faut croire qu'ils avaient constitué leurs propres stocks d'une manière ou d'une autre, puisque personne ne se plaignait.


- Elle va revenir, ne vous inquiétez pas.

- Steve dort. Remarqua Cécile, avant d'ajouter... Juste Croix est un Super Héros, il devrait rester avec elle pour la protéger.


Samantha eut un sourire. Encore et toujours cette naïveté caractéristique de l'enfance.


- Et Gisèle, ce n'est pas une Super Héroïne, alors ?

- Bah non !


A nouveau, la spontanéité de ses filles la surprenait. Elles parlaient toutes deux comme si la chose était une évidence, comme si leur mère avait dit un contresens total.


- Pourtant; elle nous a tous protégé, pleins de fois. Elle a de vrais pouvoirs, elle a beaucoup aidé Influx et les autres... elles nous protège des méchants... et pourtant, ce n'est pas une Super Héroïne ?

- Bah...


Cette fois, le regard d'Alice montrait clairement qu'elle ne comprenait pas la question de sa mère. Si la fillette n'avait pas eut cet âge, Samantha aurait pu se demander si c'était elle qui n'avait pas fait preuve d'un excès de mauvaise foi.


- Juste Croix, il veut être un Super Héros ! Il l'a dit ! La maîtresse, elle a dit qu'elle voulait pas !


Samantha resta bouche bée. Gisèle avait dit ça ? Quand ? A peine s'était-elle posée cette question que la réponse lui revint en mémoire : son institutrice avait affirmé ça dès le départ, sous la bulle protectrice qu'elle avait dressée en pleine rue, au début de l'invasion. Qu'elle n'avait jamais voulu d'une vie de Super Héroïne.


Et elle comprit en même temps à quel point les enfants pouvaient être terre-à-terre, ne cherchant jamais une interprétation tarabiscotée là où une évidence était accessible.


***


Steve reprit vie, si l'on peut dire, dès l'après-midi suivant cette conversation entre une mère et ses filles. Lorsqu'il revint dans la pièce, il les trouva toutes trois dans les bras les unes des autres, avachies sur les matelas qui avaient à nouveau été rangé contre le mur.


- Steve !!


Alice et Cécile s'étaient levées simultanément, et s'étaient précipitées dans les bras du jeune garçon.


- Merci de nous avoir sauvé, Steve !!


Celui-ci dévisagea Samantha avec une stupéfaction identique à celle qu'elle épreouvait. Elle ne s'attendait certes pas à une telle réaction de la part de ses filles, mais ça ne la surprenait qu'à moitié. Après tout, si l'idolâtrie des Super Héros étaient si fortes chez la plupart des habitants de Paragon City, à quoi d'autre pouvait-elle s'attendre de la part de ses filles, dont le père avait exacerbé cet amour à l'extrême, à travers Miss Liberty bien entendu, mais également de la communauté costumée en générale.


- C'est bon de te revoir. Lança Samantha en se levant à son tour ; Tu nous as tous apprécié. Et tu nous as également fait peur à tous. Comment vas-tu ?

- Utiliser ce portail... murmura-t-il d'une voix neutre ; Ca a été la chose la plus... difficile et douloureuse qu'il ne m'ait jamais été donnée de faire. J'ose espérer ne plus jamais devoir recommencer.

- En es-tu si sûr ?


C'est Juste Croix qui venait de sortir de la cuisine. Il rejoignit Steve, et lui pausa une main amicale sur l'épaule.


- Heureux de te revoir.

- Merci. Que veux-tu dire ?

- Ce que tu as fais était spectaculaire. Devant le danger, tu as été capable de maîtriser ton Don intelligemment, et tu en es devenu quelqu'un de redoutable. Et je ne parle même pas de cette flèche que ton adversaire à reçu en plein visage.


Steve haussa les épaules.


- C'était un hasard. De la chance.

- Non, pas du tout. C'était un tir guidé par ton instinct. Je sais reconnaître un Don lorsque j'en vois un, Steve. Et tu as un Don pour le tir à l'arc. Crois-moi, avec ton pouvoir de téléportation et un entraînement rigoureux à la maîtrise de cette arme, tu deviendras redoutable.


Steve baissa les yeux, rougissant.


- Bref, il faut que je mange quelque chose, moi.


Sur ces mots, il se dirigea vers la cuisine, et Samantha le laissa seul. L'instant suivant, elle l'entendait ouvrir une boite d'un quelque chose qu'elle choisit de ne pas chercher à connaître, tandis que Jeremy entrait à nouveau dans la pièce.


- Qu'est-ce que tu viens faire ? Lança-t-elle ;

- Je viens m'installer. J'ai une très mauvaise réception internet, en haut. J'arrive à me connecter, mais c'est d'une lenteur comme j'aurais jamais cru ça possible ! Je pense que les câbles téléphoniques sont endommagés...


Il retira à nouveau la plaque métallique qui camouflait les fils électriques, et commença à trifouiller dedans.


- Tu cherches à faire quoi ?

- Je cherche à faciliter mes branchements, pour plus tard. Plus facile je peux me connecter, plus vite j'ai accès aux informations pour vous les donner.


Samantha se désintéressa de ce qu'il faisait, n'y comprenant rien. La seule chose qu'elle avait comprit, c'est qu'à sa façon, il tentait d'apporter un peu d'aide à la communauté qui s'était formée au sein de ce bunker.


- Où en sont les stocks ?


La question venait de Steve. Samantha le rejoignit à la cuisine, et le trouva assis derrière la table. Devant lui, il avait posé un bol, où des céréales baignaient dans du lait. Une cuillère vide à la main, il mâchait paisiblement en gardant un oeil sur Samantha, attendant sa réponse.


- Pour le moment, ça va. Il faudra que tu ailles chercher l'eau. Ensuite, il faudra aller chercher de la nourriture dans les appartements vides, on commence à en manquer.


Elle jeta un oeil à la boite de céréales vide qui traînait sur la table.


- Comme tu as pu le remarquer.

- Ils sont vides. Répondu Steve entre deux cuillerées ; On a déjà tout utilisé.


Samantha le regarda sans réagir. L'information avait traversé son cerveau sans s'y arrêter.


- Tu peux répéter ça ?

- A quoi t'attendais-tu ? La plupart des appartements ont été vidés pendant les premiers jours, et tout les locataires encore présent ont fait des stocks ! Les appartements vides... sont vides !


Samantha tira une chaise, béate.


- Comment va-t-on faire ?

- Pour commencer, on ne va pas paniquer. Répondit-il ; J'ai toujours une bonne quantité d'eau de cachée, et c'est la seule chose qui soit véritablement indispensable. Quant à la nourriture... les gens les ont stockés chez eux, on peut donc considérer qu'ils tiendront quelques jours.


Samantha serra les dents de colère. Elle avait fait attention aux boissons, mais n'avait pas pensé à réquisitionner la nourriture pour éviter ce genre de situation. Il restait maintenant à espérer que les habitants se montreraient raisonnable sur leur consommation.


- Il va falloir quand même trouver des provisions, au cas où. Soupira-t-elle ; On ignore totalement combien de temps le siège va durer. Il y a de la place, avec l'eau ? Où as-tu tout caché, d'ailleurs ?


Il avala le lait qui restait dans son bol, et lui adressa un sourire amusé avant d'aller laver son bol dans l'évier remplit d'eau à cet effet.


- Pas dans l'immeuble. J'ai dissimulé l'eau dans un endroit que je connaissais, et que je pense être le seul à connaître – du moins, le seul à y avoir pensé comme coffre fort.

- Et tu peux stocker beaucoup ?

- Je peux ajouter de la nourriture, oui.


Samantha se leva alors.


- Bien, alors allons-y.

- Où ? A ma cachette ?

- Non. Nous allons chercher dans les alentours de quoi nous faire un stock de provision.


***


Samantha quitta donc l'appartement en compagnie de Steve. Elle croisa un groupe de blessés dans le hall, qui avaient entendu parler de ce refuge où ils trouveraient soin et nourriture. Cela ne fit que conforter la jeune femme dans sa certitude qu'il fallait trouver de nouvelles provisions.


- Que va-t-on chercher ? Demanda Steve ; Je n'ai pas de frigo dans ma réserve !


Steve avançait aux côtés de Samantha, longeant les immeubles pour ne pas être aperçu de loin par d'éventuelles créatures. Samantha avait cependant constaté qu'il y en avait désormais beaucoup moins de créatures qui patrouillaient. Il faut dire qu'elles étaient relativement loin du centre d'Atlas City, où se situait le gros des combats.


Plus aucun disques rouge n'était plus présent dans le ciel. Le vaisseau le plus proche se trouvait à plusieurs kilomètres, et une fois encore Samantha remercia le ciel d'avoir emménagé dans un immeuble situé dans un endroit aussi épargné par cette guerre. Cependant, le brouhaha permanent qui s'élevait dans le lointain n'avait rien de rassurant, même si elle arrivait par moment à l'oublier... la force de l'habitude...


- Fait chier...


Steve grognait de colère en se débattant avec l'arc que lui avait imposé Juste Croix. Celui-ci restait persuadé que Steve avait fait la démonstration d'un grand potentiel dans ce domaine, et il comptait bien l'obliger à l'exploiter.


- S'il voulait m'entraîner, pourquoi donc n'est-il pas venu ?

- Il reste auprès de mes filles. Expliqua Samantha ; Elles ont confiance en lui, et il fallait bien que quelqu'un me remplace pendant que je viens avec toi.

- Et puis, il doit aussi donner l'influx à Gisèle. Oui, je comprend ce choix, finalement.

- Je peux te poser une question ?


Tout deux avançaient prudemment, mais la question la taraudait trop pour qu'elle ait la patience d'attendre d'arriver à bon port.


- Quand la créature a tenté d'entrer dans le bunker, tu as détecté le portail avant même qu'il n'apparaisse. Comment as-tu pu ?

- Je ne sais pas, c'est la première fois que ça m'arrive...


Il haussa les épaules d'un air indifférent.


- Je n'en avais jamais eut l'occasion, bien sûr. Je n'ai rencontré aucun téléporteur par le passé, même si m'est arrivé d'en croiser de loin. Aucun utilisant de véritables portails comme les miens, en tout cas. Mais là, j'ai... c'est comme si j'avais été capable de sentir le point d'arriver du portail avant même qu'il ne soit là. A force d'en manipuler, j'ai une certaine affinité, j'imagine.


Il n'y avait rien à ajouter sur ce sujet. Tout ça lui paraissait logiquement, à présent. C'est comme un vendeur de voitures qui ne pourrait s'empêcher de garder un oeil sur les véhicules qu'il croise, jaugeant d'instinct leur puissance et leur ancienneté. A force de vivre avec, ils finissaient par les avoir totalement assimilé.


- Alors, où penses-tu aller ? Demanda finalement le jeune homme.


Samantha avait réfléchit à la question depuis qu'elle avait prit la décision de partir avec lui à la recherche de ravitaillement. Le choix le plus logique était de se rendre là où, ironiquement, tout avait commencé pour elle, à savoir à la supérette. Là où elle avait souhaité acheter des lardons lorsque l'invasion avait débuté.


- Il y a un petit magasin d'alimentation par-là. Dit-elle en indiquant la route à prendre ; On devrait pouvoir y trouver un minimum de chose.

- Est-ce que tu as de quoi payer ?


Samantha le dévisagea avec incrédulité.


- Je sais, ça peut paraître curieux, comme question, mais... si le propriétaire est là, il se peut tout à fait qu'il exige d'être payé pour ce qu'on lui prendra !

- Ce serait totalement stupide.

- On verra une fois qu'on sera sur place.


Le trajet n'était pas long, le magasin étant toujours à seulement quelques rues de leurs domiciles. Cependant, leur progression était ralentie par les précautions qu'ils devaient prendre sachant que des créatures pouvaient s'en prendre à eux à tout moment. Finalement, ils mirent un petit quart d'heure pour arriver devant le magasin, qui était toujours fermé.


- Il était fermé quand j'ai voulu acheter les lardons, le jour du début de l'invasion. Nota Samantha tandis qu'ils apercevaient le magasin au loin, lumières éteintes ; J'aurais été surprise que ce soit ouvert.


Mais tandis qu'ils se rapprochaient, ils réalisèrent que la porte avait été défoncée. En s'en apercevant, Steve fut le premier à réagir.


- Merde... ils ont déjà cambriolé le magasin, je crois bien.

- Qu'est-ce qu'on va faire ? Peut-être que c'est juste l'entrée qui est endommagée, ça pourrait provenir des grosses bêtes ? Ils ont bien rasé des immeubles, pourquoi ils auraient épargné une supérette ?

- Justement, les armes de ces vacheries n'auraient pas juste défoncé la porte. Il y aurait plus de dégâts que ça. Non, c'est bien des vandales qui ont tenté un ravitaillement avant nous.

- Par les temps qui cours, peut-on réellement les blâmer ?


Steve ne répondit pas. Malgré le risque qu'ils prenaient, tous deux étaient bien décidés à tenter leur chance dans la boutique, d'autant plus que les alentours semblaient assez calmes. Aucune bestiole, aucun vandale...


- Eh puis quand bien même on rencontrerait des gens... remarqua Samantha ; En quoi serait-ce un problème ? Nous sommes tous alliés, face à ces créatures !

- Tu serais surprise d'apprendre de quoi sont capables les gens lorsqu'ils veulent garder leur butin. Nous sommes en guerre, beaucoup de gens ont autre chose à penser qu'à partager.


Samantha ne répondit pas, mais n'en fulminait pas moins intérieurement. Ce raisonnement était proprement révoltant, mais ne sonnait cependant pas faux pour autant. Mais quel frustration de devoir se forcer à être méfiante alors qu'elle avait organisé dans son propre immeuble un lieu de secours, qui allait à l'encontre de tout ce que venait de lui apprendre Steve. Et qu'ils avaient même envisagé la possibilité de payer leurs achats dans ce petit magasin !


- Qu'est-ce qui te fait dire tout ça, au fait ? Lança-t-elle, tandis qu'ils entraient pour de bon dans la boutique ; Tu as déjà fait la guerre ?

- Non, j'ai juste lu beaucoup de livres qui m'ont appris qu'un excès de prudence vaut mieux qu'un excès de confiance. Regarde ça...


La boutique qu'ils découvrirent ne risquait pas de faire mentir le jeune homme : les étalages étaient renversés. Il ne restait presque plus rien dans les étalages, et la caisse enregistreuse elle-même avait été mise à terre, le contenu violé.


- Putain ! Grogna Samantha ; On est bel et bien venu pour rien, finalement. On a plus qu'à partir.

- Surtout pas. Rétorqua Steve ; Il nous reste un espoir.


Samantha le suivit tandis qu'il parcourrait les rayons dévastés, le sol couverts de détritus et de verres. Qu'espérait-il donc trouver ? La boutique avait été dévalisée, c'était désormais une évidence !


- Regarde.


Au loin, Samantha vit plusieurs bouteilles d'eau, portant l'inscription "100 litres" sur leur façade. Et Samantha comprit alors. Quel que soient ceux qui étaient venus, ils avaient jugé préférable de prendre plusieurs lots de petites quantités, plutôt que les objets volumineux. Eux n'avaient pas de quoi transporter des objets d'un tel poids. Eux, ils n'avaient pas un téléporteur pour les aider.


- Allons dans la réserve.


Ils passèrent par une porte entrouverte, et Samantha fut à la fois désolé de voir que l'arrière boutique avait été tout aussi dévastée par le pillage, mais également ravie de voir que de nombreux articles avaient été considérés comme trop volumineux pour être emportés. D'imposantes bombonnes de gaz, plusieurs dizaines de boites de conserves d'une bonnes vingtaines de kilos chacune, quelques fruits et légumes... bref, un excellent démarrage pour leur projet de ravitaillement.


- Il va nous falloir plusieurs trajets... murmura Samantha, émerveillée ;

- Pas nécessairement.


Samantha jeta un oeil vers son compagnon, qui semblait plongé dans ses pensées. Une main couvrant le bas de son visage, il se grattait le menton comme à la recherche d'une barbe qui ne s'y trouvait cependant pas.


- J'ai peut-être une idée. Prend des conserves, et suis-moi.


Il attrapa une bombonnes de gaz, puis quitta la réserve, suivit de près par Samantha qui peinait avec ses trois lourdes bouteilles de conserves dans les bras.


- Tu vas où ? Je croyais que tu allais les téléporter directement là-bas ?


Steve avait posée sa bombonne dans un large congélateur qui, s'il avait été intégralement vidé, gardait cependant une large contenance. Samantha reconnut là une excellente idée, et posa les conserves à la suite des bombonnes.


- Est-ce que tout tiendras ?

- Peu importe, je peux bien faire deux ou trois trajets. Mais au moins, j'ai grandement réduit le nombre de trajets qui seront nécessaires.


Il ne fallut pas plus d'une demi-heure pour remplir à ras bord le congélateur. Bien qu'il ne dégageait plus le moindre froid, Steve prit bien soin de vérifier qu'il était débranché avant de décider qu'il était temps de quitter les lieux. Et bonne nouvelle : toutes leurs provisions tenaient, il n'y aurait donc pas besoin d'un nouveau trajet !


- Alors, ça y est ? Trembla Samantha ; On rentre à la maison ?

- Pas exactement...


Samantha s'était adossée à l'appareil, et Steve la rejoignit. Il s'approcha d'elle, et posa ses mains sur la surface austère de la carcasse métallique blanche, tout près de la jeune femme. Il approcha son visage de celui de la jeune femme, qui n'osait plus bouger.


- Tu es prête ?


Il avait murmuré juste devant sa bouche, le regard plein d'assurance. Elle acquiesça imperceptiblement du visage, puis sentit une sensation étrange l'envahir. C'est comme si tout son corps avait soudain été plongé dans un liquide glacial, comme si sa peau lui avait d'un seul coup parut bien trop étroite pour la contenir elle, tout entière.


Puis vint la délivrance, tandis que la gravité reprenait ses droits autour d'elle. Elle se sentit soudain euphorique, bien qu'il lui était impossible de savoir d'où provenait cette sensation. Incapable de parler, elle adressa à Steve un regard plein de reconnaissance, auquel il répondit par un sourire complice.


- Cette sensation agréable ne va pas durer. Lui répondit-il. J'ignore d'où elle provient, mais c'est probablement l'apparition qui provoque un appel d'air, ce qui amène un excès d'oxygène dans le sang. Et dans le cerveau. D'où l'euphorie.


Samantha s'en fichait éperdument, elle savait juste que cette sensation était extraordinaire. C'était plus puissant encore qu'une ivresse alcoolique, elle avait presque l'impression d'être en plein trip.


Peu à peu, elle reprit cependant ses esprits, et commença à regarder autour d'elle. Il ne restait désormais plus rien du magasin où ils se trouvaient un instant plus tôt. Ils étaient à présents dans un vaste espace sans lumière, où la visibilité était donc extrêmement réduite. Cependant, l'écho que lui rendait les lieux à chacun de ses pas lui laissait amplement entrevoir l'espace disponible dans ce lieu.


- Où est-on ? S'exclama-t-elle ;

- Dans mon antre.


Une odeur frappa alors les narines de Samantha. Une odeur de brûlée, ou de souffre. D'où pouvait provenir cette odeur ?


- On est encore à Atlas ?

- Non, nous avons quitté le territoire Américain, à vrai dire. Nous sommes en Angleterre, dans un entrepôt appartenant à la société pour laquelle je travaille. Nous devions ouvrir une succursale dans une semaine, mais c'est désormais compromis.

- Et c'est quoi, cette odeur ?

- Je me posais la même question.


Il s'était éloignée d'elle, et en suivant sa voix, Samantha aperçut au loin une faible lueur. Sa vue commençait à s'habituer à l'obscurité, et elle fut ravie de réaliser qu'il s'agissait d'une porte. Quelques instants après, le couple quittait les lieux, et découvrit au-dehors un lieu dévasté, la terre calcinée et le ciel couvert d'épais nuage.


- Bordel. Lança-t-il alors, sous le choc ; Je croyais... ils ont...


De toute évidence, ce lieu secret qu'il pensait hors d'atteinte de tout danger avait été lui aussi prit pour cible par ces mystérieux agresseurs, qui ou quoi qu'ils fussent.


Steve regarda autour de lui, et un sourire illumina cette fois son visage. Samantha se tourna à son tour, et découvrit avec surprise que le bâtiment d'où elle sortait avait été recouvert de cendres et de terre.


- Il est intact.


Steve s'approcha de Samantha, et lui montra la trace d'un rayon qui avait frappé le bâtiment de plein fouet, puis s'était éloigné en laissant derrière lui cette terre ravagée.


- Ils l'ont attaqué, et il a résisté !


Cette fois, un intense sentiment d'exaltation envahit la poitrine de Samantha. Il avait donc raison. Cet endroit à l'autre bout du monde était réellement un lieu où ils seraient en sécurité. Ce lieu lui rappelé un peu leur bunker, en bien plus grand.


- Il faut qu'on vienne tous ici. Dit-elle ;

- Impossible. Répondit-il instantanément ; Ce n'est pas un lieu de vie, juste un entrepôt sécurisé. Il était prévu pour servir d'abri aux équipement de pointes commandés par les armées américaines et anglaises, ou autres... mais il n'y a ni eau ni matériel pour y vivre. Tout juste assez d'électricité pour y mettre un congélateur en fonction, et c'est déjà beaucoup.


Samantha sourit à ces mots. Elle comprenait désormais mieux là où il voulait en venir.


- Il vaut mieux qu'on reste dans l'immeuble, protégé par Gisèle. Et ici, à l'autre bout de la planète, on stockera tout ce don on a besoin. C'est mieux ainsi.


Samantha poussa un soupire.


- C'est bien gentil, mais on va y mettre quoi, dans ton congélateur ?

- Rien, pour le moment. Mais si on trouve de la viande, on saura où la stocker. Je pense qu'il est désormais temps de rentrer.


Ils retournèrent dans l'abri gigantesque et, après avoir refermé et verrouillé la porte qui permettait d'y entrer, Steve prit les mains de Samantha. Un frisson la parcourut tandis qu'il se concentrait, les yeux fermés, mais rien ne se passa.


- J'y arrive pas...

- Tu as trop forcé, les batteries sont à plats ? Ricana-t-elle d'un air moqueur ;

- J'aurai préféré. Non, c'est Gisèle. Je sens que son champ de force me repousse.

- Quoi ?


Il rouvrit les yeux, et lui rendit son regard.


- Je croyais que son champ de force te laissait passer ? Demanda Samantha ;

- Oui, mais... ça, c'était avant qu'une créature ne tente d'entrer dans le bunker par un portail de téléportation. De toute évidence, l'instinct de Gisèle la pousse désormais à bloquer toute entrée dans le bunker.

- Alors quoi, on est bloqué ici ?


Steve répondit négativement d'un signe de tête. Cela rassura Samantha, mais visiblement pas Steve.


- Je peux nous téléporter tout près, et on entrera à pied dans le bunker. Mais ça va un peu compliquer les choses : je pourrais plus transporter nos vivres directement dans le bunker, ni nous déplacer instantanément en sécurité.


Samantha leva une main amicale qu'elle posa sur son bras.


- Peu importe. Si c'est le prix à payer pour que les créatures soient bloquées à l'avenir, pour plus de sécurité, alors soit. On fera avec.


Steve était vraisemblablement déjà plus rassuré qu'auparavant. Il ferma finalement les yeux, et l'instant suivant cette désagréable sensation de froid prit à nouveau Samantha, avant de la laisser euphorique sur le trottoir qui se trouvait en face de leur immeuble.


Elle ouvrit enfin les yeux, et découvrit le regard de Steve, qui regardait quelque chose loin sur le côté, d'un air effaré. Tournant les yeux, Samantha vit un énorme vaisseau qui avançait rapidement dans leur direction. Un vaisseau sous lequel un énorme rayon frappait la terre, laissant derrière elle une sinistre trace calcinée qui était à présent très familière aux yeux de Samantha.


- Samantha... murmura Steve ; Est-ce que tu crois que le champ de force est aussi résistant que le bunker anglais ?

- Je sais pas... répondit-elle à son tour d'une voix qui s'emplissait peu à peu de terreur ; Le bâtiment d'où on vient a été spécialement conçu pour protéger des armes ultra-secrètes, c'est bien ça ?


Steve ne répondit pas. Le rayon, au loin, se rapprochait dangereusement. Cette fois, c'était sûr : il ne restait que quelques minutes avant qu'il ne soit là. Le coeur battant, les deux compagnons partirent en courant en direction du bunker.


À suivre...


Thom...

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