Batman le DA - Le héros oublié (Chap.3)
BATMAN, le Dessin Animé
Chapitre 3 : Affection
Dans un furieux cri de pneus, la Batmobile s'arrêta net sur la piste circulaire qui servait de stationnement au Chevalier de la Nuit dans la Batcave. Lentement, la partie centrale de la voie entama la rotation automatique qui permettait de remettre la Batmobile dans le bon sens pour la prochaine sortie.
Batman, lui, sortit du véhicule et se dirigea vers l'escalier qui menait aux ordinateurs. Il retira son masque, et adressa un sourire amical à son majordome qui l'attendait sur le bord de la piste, tenant dans ses mains une tenue propre pour que Batman puisse reprendre l'apparence de Bruce Wayne.
"Cette sortie s'est-elle bien déroulée ? Demanda Alfred de son ton neutre et poli habituel ;
- Disons que ça aurait pu se passer pire. Répondit Batman en grimpant les marches ; Le Joker a fait une nouvelle victime, ce soir. Et savoir que c'était un de ses propres collaborateurs qu'il a tué de sang froid ne me rassure qu'à peine.
- Le Joker aurait abattu un de ses hommes de mains ? Dans quel intérêt ?
- C'est un peu compliqué. Mais ce que je sais, c'est que Batman a échoué dans sa mission ce soir, car il n'a pas été capable d'empêcher cette mort.
- Si quelqu'un s'est fourvoyé avec le Joker, il devait connaître les risques, je me trompe ?"
Désormais seulement vêtu d'un simple slip, Bruce Wayne ne répondit pas. Il posa le costume de Batman sur un cintre accroché juste à côté d'un de ses ordinateurs, réservé aux tenues sales, puis posa la ceinture sur le dossier de son fauteuil. Il ouvrit le rangement à l'avant, et en sortie les deux plaques de verres qui emprisonnaient les empreintes de la victime du Joker, qui devait sans doute faire le trajet en ce moment même vers la morgue de Gotham.
Il posa les plaques de verres, et regarda ses mains. Comme le reste de son corps, elles étaient couvertes de sueur. Pour manipuler ce genre d'outils, il allait devoir prendre le temps d'une bonne douche. Il se tourna vers son majordome.
"Alfred ?"
Il n'eut pas le temps de formuler sa demande que déjà son vieil ami lui tendait une serviette propre. Il la prit et eut une pincée d'affection pour ce fidèle allié, qui ne l'avait jamais trahi durant toutes ces années. Une fidélité à toute épreuve, malgré les difficultés qu'ils avaient traversé.
Il tourna les talons, et se dirigea vers la douche qu'il s'était aménagé dans la cave. Cette douche n'était pas un lieu de détente. Son utilité était de permettre à Bruce Wayne de quitter la Batcave propre comme un sous neuf, en cas de visite impromptue dans le manoir. Mais ce soir, après cet après-midi à guetter le Joker, après tout l'effervescence pendant cette soirée… il se surprit à apprécier l'eau brûlante sur son dos courbaturé.
Lavé, séché, Bruce Wayne s'installa sur son ordinateur et avala une gorgée du café qu'Alfred lui avait laissé. La dose de caféine était parfaite pour lui permettre de se maintenir éveillé, le parfum était à la fois fort et délicat et le sucre était à la dose parfaite pour en atténuer l'amertume sans l'annihiler.
"Désirez-vous autre chose, maître Bruce ?
- Rien pour le moment, Alfred.
- Puis-je espérer en savoir plus sur cette soirée, ou les affaires du grand protecteur de Gotham sont-elles trop secrète pour risquer d'être révélées au pauvre majordome que je suis ?"
Bruce eut un petit soupire amusé, et se redressa sur sa chaise. Tout en manipulant ses plaques de verres pour les soumettre à l'analyse de l'ordinateur, il entreprit donc de raconter sa soirée à Alfred. La soirée de guet à côté du bar, l'arrivée du Joker, son intervention pour empêcher une vraie tuerie dans le bar tout en laissant planer un doute sur la fidélité de chacun des protagonistes de la soirée. Il parla de la fuite du dénommée Will, l'apparition du gamin qui le protégeait et, finalement, le coup de folie du Joker en pensant qu'il avait été doublé.
"Et encore une fois, le Joker a donc réussi à vous échapper ?
- Oui. Encore une fois."
Alfred n'avait pas besoin de le rappeler, ce détail n'avait pas quitté l'esprit de Bruce un seul instant. Tout en réfléchissant, il lança l'analyse des empreintes, et l'ordinateur entama la recherche avec les fichiers criminels de la police de Gotham.
"L'analyse va-t-elle prendre beaucoup de temps ?
- Je l'ignore. Peut-être cinq minutes, peut-être une heure.
- Peut-être puis-je suggérer de profiter de cette occasion pour monter vous sustenter ?"
Bruce adressa à son majordome un regard las. Non, ses projets étaient plutôt de rester ici, à attendre les résultats de l'analyse.
"A défaut de le faire par plaisir ou nécessité, peut-être serait-il bon de faire quelques apparitions au manoir, pour que l'on aille pas penser que Bruce Wayne n'est jamais présent à son propre domicile ?
- En prenant un repas à deux heures du matin ?"
Alfred resta silencieux, mais son regard semblait fuyant. Où voulait-il en venir ?
"Bien, puisque vous insistez, je vais aller manger. L'analyse se fera bien sans moi."
Il se leva, et enfila le costume que lui avait préparé Alfred. Le sourire qu'eut ce dernier en le voyant lui obéir ne lui échappa pas, mais il supposa qu'il en saurait plus une fois en haut. Il se dirigea donc vers le grand escalier menant vers la bibliothèque, suivit d'Alfred.
Et tandis que l'horloge se refermait sur l'entrée secrète de la Batcave, l'ordinateur émit un bip de satisfaction tandis qu'apparaissait sur son écran le visage de l'homme qui avait été abattu quelques heures plus tôt par le Joker, sur des photos d'identités correspondants aux empreintes digitales.
Et à côté des photos, un nom était apparut en rouge vif.
Willis Todd.
***
Bruce sortit de la bibliothèque, et se dirigea vers le séjour. Entrant dans la pièce, il découvrit Dick, son pupille, qui était attablé également. Passé la surprise de le voir debout à cette heure, il le salua d'un timide geste de la main, avant de s'asseoir à sa place habituelle, non sans avoir adressé à Alfred un regard accusateur que le majordome fit mine de ne pas voir.
Alfred posa plusieurs plats de victuailles sur la table, et laissa ses deux maîtres se servir sans interférer, préférant même quitter la pièce. Bruce, soudain mal à l'aise, tenta d'animer la conversation.
"Tu n'es pas couché ?
- Visiblement."
Le ton de Dick était sec, froid. Il avait bien changé depuis toutes ces années. Auparavant, jamais il ne serait permis de lui parler de cette façon, il avait une affection et un respect envers lui qui le lui interdisait formellement.
"Et tu viens d'où ?"
Dick lui répondit cette fois d'un regard furibond, qui fit se demander à Bruce où étaient passés aujourd'hui son affection et son respect.
"Bruce. Dit-il d'une voix qu'il tentait maladroitement de garder calme ; Quel jour sommes-nous ?
- Quoi ? Fit Bruce, déstabilisé ; Je ne sais pas, je… enfin si, nous sommes samedi, pourquoi cette question ?
- Bruce, qu'est-ce que je fais le samedi soir ?"
Bruce resta bouche bée. Il ne s'attendait pas à cette question, c'était un fait. Que faisait Dick le samedi soir ? La seule réponse qui lui venait à l'esprit était "avant d'abandonner le costume de Robin, tu venais faire la chasse aux vilains avec moi", mais quelque chose lui disait que ce n'était pas la réponse qu'attendait Dick.
"Cela fait plus d'un an maintenant que je ne fais plus aucune sortie avec toi le samedi, parce que je vais en boite de nuit. Répondit Dick avec froideur. Tous les samedi. Sauf quand tu me bippais pour une urgence. Et je m'apprêtais à partir, ce soir encore."
Il se leva alors, et quitta la pièce sans un regard de plus pour Bruce. Celui-ci regarda son assiette, auquel il n'avait pas touché. Alfred entra dans le séjour, et poussa un soupire devant l'assiette vide de Dick, qu'il entreprit de débarrasser.
"Belle réussite, cette tentative de réconciliation, Alfred. Lança Bruce sur un ton plein d'ironie ; Vous m'en refaites quand vous voulez, des comme ça !"
Alfred poussa un nouveau soupire, empreint d'exaspération. Il tourna alors les yeux vers Bruce.
"Maître Bruce, est-il vraiment nécessaire que le différent qui oppose Batman et Robin vous accompagne lorsque vous quittez vos costumes ?"
Bruce resta sans voix. Plutôt que de reproche, les paroles d'Alfred était emplie de chagrin, et peut-être d'une pointe de déception. Bruce sentit son cœur se serrer dans sa poitrine. Bien entendu, Alfred avait raison. Dick était comme un fils pour lui, peut-être était-il temps de laisser Batman dans la Batcave, afin que Bruce accomplisse le rôle que lui seul pouvait accomplir ?
Il se leva, et se dirigea vers le grand escalier dans l'entrée. Il rejoignit le premier étage, et alla jusqu'à la chambre de Dick. Après une légère hésitation, il frappa à la porte. Mais seul le silence lui répondit. Il frappa à nouveau. Dick resta muet. Il entra finalement.
La chambre était vide. Oh, bien sûr, les draps du lit étaient toujours là, chaque meuble était à sa place, mais l'essence, l'âme de cette chambre avait disparue. Plus aucun manuel scolaire sur le bureau. Plus de posters, plus aucun signe distinctif qui donnait de la vie à cette chambre. Même plus le moindre vêtement dans l'armoire.
A l'exception d'une enveloppe, posée sur le lit. Bruce s'assit sur celui-ci, ouvrit l'enveloppe que Dick n'avait même pas prit la peine de sceller, et lut la lettre qu'il y avait laissé.
"Bruce,
Je pars. J'ai trouvé un appartement dans le centre de Gotham.
Peut-être diras-tu que tu aurais pu me le payer, mais j'ai besoin de prendre mon indépendance, pour y voir plus clair.
Tu m'as accueilli très jeune, et tu as toujours été comme un père pour moi. L'affection que j'ai envers toi n'est pas amoindrie, et c'est au contraire pour la conserver que je préfère quitter le manoir.
Mais si Bruce reste un père pour moi, j'ai plus de mal avec l'Autre. La noirceur de la cape finit par t'envelopper toi aussi, et je déteste te voir devenir aussi froid jour après jour, minute après minute.
Je préfère partir, en espérant que toi aussi, tu y verras plus clair.
Adieu,
Dick."
Bruce resta silencieux, et relut une seconde fois la lettre. Dick était donc parti. Il l'avait abandonné, finalement. Après Robin, c'était au tour de Dick de s'en aller. Il se leva, et redescendit au séjour, où Alfred le regardait d'un air triste.
"Vous saviez ? Demanda-t-il simplement ;
- J'avais cru déceler des signes de son détachement. Et j'ai vu passer quelques lettres d'organismes locatifs. Je suis désolé, Monsieur.
- Ce n'est rien. Et puis, j'ai encore du travail."
Il se rendit dans la bibliothèque, et appuya sur le bouton secret qui ouvrait l'entrée de la Batcave, et y descendit accompagné d'Alfred, qui gardait un air inquiet.
Arrivé en bas, Bruce vit le nom affiché sur l'écran de l'ordinateur, et oublia instantanément la présence de son majordome.
"Non, ce n'est pas possible."
Il s'installa sur le fauteuil, et ses doigts glissèrent sur le clavier, cherchant diverses informations liées à ce nom.
"Un problème, Monsieur ? Demanda Alfred, ayant remarqué le brusque changement ;
- Pas exactement. Je dirais plutôt... une invraisemblance."
Le dossier complet de Willis Todd apparut alors sur l'écran, et Bruce le parcourra du regard.
"Voilà, tout est là. Et même si ce n'est pas impossible, c'est très surprenant. Willis Todd a été l'un des hommes de mains les plus proches de Enorleo, il y a quelques années de ça. Mais quand il a eut son premier enfant, Jason, il a raccroché les gants. Il ne voulait pas risquer la vie de son fils à cause de sa vie criminelle.
- Et Enorleo l'a laissé partir ? Voilà qui est surprenant, effectivement.
- Non, ce n'est pas à ça que je pensais. Il a bel et bien été libéré par Enorleo, après toutes ces années de bons et loyaux services. Mais il l'a payé au prix fort : il a dû vendre sa maison et une grande partir de ses biens pour payer le droit de vivre dans la légalité. Il a versé une somme d'argent très importante à Enorleo, personne n'a jamais su exactement combien, mais ça s'élevait à plusieurs dizaines, voir plusieurs centaines de milliers de dollars !
- Même en payant, c'est suffisamment rare d'échapper à ce milieu pour être souligné. Mais dans ce cas, que faisait-il ce soir avec le Joker ? Se pourrait-il que le Joker lui ait proposé d'acheter ses services à un prix supérieur à ce qu'il avait payé pour regagner la liberté ?
- Bien possible. Regardez, tout est là à nouveau. Après avoir regagné la liberté, il a eut beaucoup de difficulté à retrouver un emploi. Sa femme, Catherine, était serveuse dans un restaurant, et subvenait tant bien que mal aux besoins du couple, mais ils étaient couverts de dettes. Ironie du sort, regagner sa liberté l'avait ruiné !
- Donc, le Joker lui offre de mettre un peu de beurre dans ses épinards. Encore une fois, il a prit une décision qu'il a payée au prix fort.
- Mais que pouvait bien avoir Willis Todd qui intéressait le Joker ? A première vue, ça pourrait avoir été le lieu du rendez-vous de ce soir, mais rien n'est moins sûr. Sinon, comment expliquer son hésitation, quand Enorleo lui a réclamé sa tête ? Il en avait donc encore besoin ! Je dois découvrir pourquoi, et je vais donc me rendre sur place pour y faire mon enquête.
- Vous sortez à nouveau ?"
Bruce se leva du siège après avoir mémorisé l'adresse de Willis et Catherine Todd, puis tourna les yeux vers Alfred.
"Oui, je vais devoir prolonger un peu cette nuit. Un homme est mort, ce soir. Et je refuse qu'il soit mort inutilement. Je découvrirai ce que le Joker voulait de lui, et je mettrai fin à ses exactions."
Sur ce, il se tourna vers la penderie où trônaient les multiples costumes de Batman. Il en enfila un, entoura sa taille de sa ceinture, puis se dirigea vers la Batmobile.
"Serez-vous parti longtemps, Maître Bruce ?
- Ne m'attendez pas, Alfred. Vous avez bien assez travaillé pour cette nuit, allez vous coucher."
Il s'installa dans la Batmobile, et très vite il quitta la cave dans un nuage de fumée d'échappement. Alfred retourna jusqu'à l'ordinateur, puis s'installa dans le fauteuil, las. Son regard se porta sur l'écran, et il leva les mains pour taper une instruction à destination de l'ordinateur. Bientôt, un plan de la ville apparut, avec un sigle de chauve-souris noire pour symboliser la route que suivait Bruce.
"Maître Bruce, je ne suis pas sûr que vos parents approuveraient de vous voir agir ainsi."
A suivre…
Thom…