Batman le DA - Le héros oublié (Chap.6)
BATMAN, le dessin animé
Chapitre six : rancoeurs
Il ne fallut pas plus de cinq minutes pour se rendre sur les lieux du cambriolages, et c'était déjà beaucoup. Bien suffisant pour que les cambrioleurs ne s'enfuient. Mais à peine arrivait-il sur les lieux que Batman eut la confirmation que ce n'était pas le cas. En effet, plusieurs voitures étaient garées devant l'immeuble dont le rez-de-chaussée était occupé par la bijouterie.
La voiture roulait à toute vitesse mais pila juste devant les véhicules de la police. L'habitacle se souleva, et laissa entrer l'air extérieur. Sans se préoccuper de ce renouvellement d'air, Batman s'extirpa de la voiture.
"Batman ! S'exclama la voix familière de l'inspecteur Bulloc ; Ne venez pas fourrer votre nez dans nos affaires, la situation est parfaitement sous contrôle, et vous n'allez réussir qu'à envenimer les choses !
- Bonjour, inspecteur. C'est toujours un plaisir de vous voir. Mais désolé : que vous le vouliez ou pas, nous allons entrer et vous livrer les cambrioleurs.
- Vous n'êtes pas la loi, Batman ! S'exclama Bulloc avec fougue ; Vous n'êtes pas au-dessus de la police, pour qui vous prenez-vous ? Je...
- EH ! S'exclama soudain Robin d'une voix forte ; Vous ne voulez pas nous lâcher un peu ?"
Harvey dévisagea le jeune prodige d'un air surpris. Loin de se laisser émouvoir, Robin s'avança vers l'inspecteur, et le menaça du doigt. Bulloc recula, tenant fermement son Donut dans sa main droite.
"C'est de la faute de gens comme VOUS que nous sommes obligé d'intervenir ! Vous prétendez avoir la situation en main, mais qu'attendez-vous, au juste ? Tout ce temps que vous restez ici à vous empiffrer, il y a un tas d'otages à l'intérieur qui attend votre secours ! Alors puisqu'on ne peut pas compter sur vous, retournez manger vos gâteaux, et laissez les pros faire leur boulots !"
Et sur ces mots pleins de véhémences, Robin tourna les talons et se dirigea vers l'entrée de la bijouterie, sous le regard amusé de Batman et celui, médusé, de l'inspecteur Bulloc.
"C'est bizarre... je le voyais plus grand, Robin..."
***
Batman et Robin pénétrèrent dans le bâtiment presque simultanément. Ils se retrouvèrent dans un couloir très étroit, au bout duquel on pouvait voir une porte à peine entrouverte et ornée d'une vitre fumée, derrière laquelle on discernait plus ou moins les silhouettes des preneurs d'otages, qui marchaient de longs en larges d'un air menaçant.
"Ils sont combien ? Souffla Robin ;
- D'après toi ?
- Trois ou quatre.
- Ils sont cinq. Tu peux en voir trois qui se déplacent, et un autre hors de notre champ de vision, les premiers le regardent.
- Je sais ! Protesta Robin ; Et ça fait quatre !
- Et il y en a un cinquième, juste derrière la porte, sur la droite. Tu peux vaguement voir son ombre qui se détache de la vitre fumée. Tu vois mal justement parce qu'elle est fumée : avec l'angle de la porte, une vitre classique mettrait un reflet bien plus net... mais il nous verrai, lui aussi. Ici, ce n'est pas le cas.
- Alors, qu'est-ce qu'on fait ?
- Tu restes là, je m'occupe d'eux. Quand je serai entré, rejoins-moi et observe. Tu dois apprendre à comprendre comment j'agis, pour pouvoir me compléter."
Batman s'approcha alors de la porte sans bruit, et piocha trois billes de gaz dans sa ceinture. Il les fit rouler jusqu'au milieu de la pièce en les faisant passer ensemble par l'embrasure de la porte, et un instant, des cris s'élevèrent dans la pièce tandis qu'elle s'emplissait de fumée.
Batman savait, en écoutant les preneurs d'otages s'énerver, que le risque était de les voir paniquer, et blesser les otages - voir pire. Le plan était donc de neutraliser en premier celui qui se trouvait près d'eux. Une fois celui-ci hors d'état de nuire, la fumée protégerait les otages le temps qu'il sécurise la pièce.
Mais c'était compter sans Robin.
"A L'ATTAQUE !!"
Robin enfonça la porte d'un coup d'épaules, et Batman devina qu'elle venait de frapper l'agresseur qui était dissimulé derrière en plein visage, le cassant le nez dans la même action. Celui-ci étant neutralisé, il se demanda si l'action de Robin était volontaire.
Robin disparut ensuite dans la fumée qui emplissait la pièce, et Batman se précipita à sa suite, pour protéger les clients. Il entendait autour de lui les cris de douleurs des quatre preneurs d'otages restant, et jugea que Robin ne s'en tirait pas si mal - une fois excusé son empressement à se jeter dans la mêlée.
Des lunettes infra-rouge sur les yeux, Batman s'assura que tout le monde allait bien. La plupart des gens étaient resté prostré sur le sol, et ne voyait plus rien à cause de la fumée. Aucun ne semblait s'inquiéter de la respirer : c'est parce qu'il s'y attendait que Batman avait utilisé des fumigène non-toxiques et non-irritant. Heureusement, sinon Robin n'aurait pas autant brillé dans la neutralisation de ses adversaires - Batman fut tenté de penser à ses victimes.
Quatre des preneurs d'otages gisaient sur le sol, inerte. Le cinquième, conformément à ce qui lui avait semblé, était à terre, juste derrière la porte, le nez enflé et ensanglanté. Batman se leva et se dirigea vers la fenêtre, qu'il brisa. Aussitôt, la fumée commença à quitter la pièce.
"On s'en va."
Batman savait que la police saurait gérer la suite des évènements. Leur rôle ici était donc maintenant terminé. C'est ainsi que le justiciers et son acolyte passèrent par la fenêtre dont Batman avait retiré tous les morceaux de verres, et disparurent au loin, tandis que la police prenait d'assaut le bâtiment.
***
Quelques minutes après le braquage, Batman et Robin était assis sur un toit, à mi-chemin de la Batcave. La Batmobile était au pied de l'immeuble, et les deux justiciers des nuits de Gotham, une fois n'est pas coutume, profitait de la brise.
"Pourquoi es-tu entré ? Je t'avais demandé d'attendre."
Ils regardèrent vers le sol les voitures de police qui retournaient vers le commissariat de la ville. Robin leva un regard plein de défi vers son mentor.
"Tu avais enfumé la pièce, je savais que les bandits ne verrai plus rien. Avec le bruit qu'ils faisaient, c'était facile de deviner leur position !"
Robin défiait Batman du regard. Celui-ci se demanda comment réagir. Soit, Robin avait analysé la situation avec une grande précision, et sa réaction semblait tout à fait appropriée. Mais s''il avait fait preuve d'un talent qui ne faisait que confirmer le potentiel que Batman avait senti en le rencontrant, il n'en restait pas moins qu'il avait désobéit à un ordre direct. Dans d'autres circonstances, ça pourrait s'avérer fatal.
"Nous allons rentrer. Finit par répondre Batman ;
- Bien.
- Ne crois pas que je sois content de toi, Robin. Tu as fais preuve d'imprudence, ce soir. Cette situation était sous contrôle, effectivement, mais tu pourrais tomber un jour dans une situation apparemment sans danger, qui se révèle finalement plus à risque que prévu.
- D'accord."
Batman et Robin retournèrent finalement à la Batmobile. Sur le chemin, Batman nota que si Robin avait tenu compte de ses avertissements, il n'en restait pas moins fier de sa performance de ce soir. Après tout, c'est vrai qu'il avait été plutôt efficace.
Le véhicule arriva enfin à destination. Batman retira sa ceinture tandis que la Batmobile était replacé automatiquement dans le sens pour une nouvelle sortie en mission, puis il ouvrit le cockpit au-dessus de lui.
Il quitta le véhicule, avec la ferme intention de se diriger vers l'ordinateur de la Batcave pour avoir quelques renseignements sur l'épilogue du braquage, lorsqu'il se retrouva face à la silhouette élancée de Dick Grayson.
Celui-ci regardait Batman avec un dédain flagrant, et regarda avec plein de fureur le nouveau jeune prodige qui le rejoignait.
"Qui c'est ?" Demanda Jason en retirant son masque.
Batman resta interdit un instant, puis retira son masque. Il entreprit finalement de présenter sa jeune recrue à celui qui avait été son partenaire pendant de si longues années.
"Dick, je te présente Jason Todd. Jason, voici Dick.
- Tu es le premier Robin ?" Lança Jason à l'attention de Dick avec le même dédain que celui-ci avait accordé à Batman.
Dick ne répondit pas. Jason le parcourut du regard, le jaugea attentivement sans frémir un seul instant.
"Jason, vas nous attendre au manoir, s'il te plaît."
Jason se tourna vers Bruce si vivement que celui-ci crut qu'il allait se dévisser le cou. On sentait toute la révolte que la demande de Bruce éveillait en lui. Cependant, il finit par se résigner et, dans un soupire, se dirigea vers l'armoire où il rangea le costume de Robin. Finalement, il quitta les lieux sans mot dire.
Dick et Bruce l'avait regardé faire sans échanger un mot, eux aussi. Sans échanger un regard, en fait. Une fois que le jeune garçon eut quitter les lieux, Dick tourna les yeux vers Bruce, et regarda son costume aux logo cerclé de jaune.
"Tu as ressorti le vieux costume ?
- Les... choses ont évolué."
Bruce se dirigea lui aussi vers l'armoire vitrée d'où il avait sorti ce costume, et l'y replaça. Une fois cela fait, il revint auprès de Dick, qui l'avait regardé faire avec ce même silence.
"Alors, Dick. Comment se passe le déménagement ?
- Est-ce que tu te fous de moi, Bruce ?"
Bruce regarda Dick, sans baisser les yeux. Il était peiné de la rancoeur qu'il percevait dans la voix de son premier acolyte.
"Un nouveau Robin ? C'est comme ça que tu comptes régler notre problème ?
- Ce n'est pas ce que tu crois. Ca n'a rien à voir avec nous.
- Vraiment ? Je décide de quitter le costume de Robin, et quelle est ta réaction ? Tu le donnes à un môme d'à peine 12 ans ?
- Tu ne comprends pas... tenta de se justifier Bruce ; Une opportunité s'est présentée, et je devais la saisir.
- Une opportunité ?"
Bruce voyait Dick qui serrait les poings plus que jamais. Il sentait qu'un nouveau coup était prêt à partir. La colère en Dick était violente, à n'en pas douter. A nouveau, il allait devoir prendre soin de ne pas esquiver le coup. Il n'était pas question pour lui de s'en prendre à Dick.
"Une opportunité pour faire quoi ? Pour me montrer que je n'étais rien, que je n'avais jamais compté ? Pour me faire savoir que n'importe qui pouvait prendre ma place, même un simple gosse ?"
Bruce sentit son coeur se serrer. Comment Dick pouvait-il croire ça ?
"Alors bravo, Bruce. Tu as réussi."
Cette fois, Dick desserra les poings, et quitta la Batcave. Bruce songea à mille phrases différentes pour tenter d'arranger la situation, mais aucun son ne parvint à sortir de sa gorge. Il était capable de se battre à mains nues, face à une dizaine d'hommes armés et dans le noir, et tous les vaincre. Mais réussir à se réconcilier avec celui qu'il avait presque considéré comme un fils, c'était quelque chose qui dépassait ses compétences.
***
Quelques minutes plus tard, Bruce entra dans la chambre de Dick.
La chambre de Jason. Se corrigea-t-il mentalement.
Le jeune garçon était allongé sur le lit, bras croisé, le regard dirigé vers le plafond, le visage exprimant cette même colère que Bruce avait décelé chez le jeune garçon. Il s'avança, et s'assit sur le bord du lit.
"Quelque chose ne va pas, Jason ?"
Jason tourna vers Bruce un regard accusateur.
"Tu m'as rejeté devant lui !
- Dick et moi avions besoin de parler. Expliqua Bruce ; Ca ne te concernait pas.
- Evidemment. Je ne suis qu'un pauvre gamin idiot, qui a encore tellement de choses à apprendre. Il avait dit ces derniers mots sur un ton plein d'ironie ; Je suis Robin ! S'emporta Jason ; Tu m'as donné le costume, tu as dit que tu me laisserais t'aider dans ta croisade contre le crime !
- Et c'est le cas ! Assura Bruce, prit au dépourvu et incapable de comprendre la colère de son jeune apprenti ; Et qu'avons-nous fait, ce soir ? Nous sommes sorti ensemble, non ?"
Cette fois, Jason se redressa sur le lit, une main appuyé contre le mur qui le bordait. Quelque chose semblait avoir été ouvert en lui, comme un robinet dont le réservoir, plein, ne demandait qu'à se déverser.
"Oui, nous sommes aller aider, pendant le casse. Et tu m'as demandé de rester sur le côté, de ne pas bouger pendant que tu t'occupais d'eux !"
Bruce ne répondit pas. Il était incapable de répondre. Comment Jason pouvait-il si mal comprendre le but de ses actions ?
"Il fallait que tu apprennes ! S'exclama Bruce ;
- Mais je suis prêt ! Ca fait deux semaines que tu m'entraînes de manière intensive ! Qu'est-ce qu'on attend ? Qu'est-ce qu'on attend pour sauver ma mère ?"
Bruce sentit son coeur se serrer. Sauver sa mère ? Comment avait-il pu s'imaginer pouvoir la sauver, alors qu'il lui avait bien expliqué que sa mère avait toutes les chances d'être morte, à présent ?
"Tu m'as dit que je t'aiderais à trouver le Joker ! Reprit Jason d'un ton plus calme, mais tout aussi ferme.
- Le Joker, oui ! Mais pourquoi parles-tu de ta mère ?
- Tu as dit que tu pensais qu'elle avait probablement rejoint mon père, qui a été tué par le Joker. Que tu pensais. Tu n'en étais pas certain !"
Je pense que ta mère a déjà rejoint ton père.
Il se souvenait parfaitement avoir dit ces mots à Jason. Comment le jeune garçon avait-il pu nourrir un espoir aussi fou, aussi vain ? Il s'était donc attaché pendant ces longues semaines à cette hypothèse que sa mère soit vivante ?
"J'ai dit ça... je voulais te ménager, Jason, tu dois bien le savoir !
- Tu mens, Bruce. Assura Jason en frappant le mur du poing ; Tu ne m'as pas assuré qu'elle était morte, ça signifie que tu n'as pas retrouvé le corps. Ose me dire le contraire !"
Bruce n'en fit rien. Effectivement, il n'avait pas totalement écartée la possibilité que sa mère soit vivante. Mais ça paraissait tellement fou, si improbable.
"Tu n'as pas déclaré que je vivais chez toi, Bruce. Asséna le jeune garçon ; Ca signifie que tu n'es pas sûr de me garder. Même si tu m'as donné cette chambre. Tu espères retrouver ma mère. Tu n'as pas le droit de me retirer cet espoir. C'est pour elle que je me suis entraîné, tous ces soirs."
Bruce resta silencieux, tandis que Jason se calmait.
"Tu réalises que si je ne t'en ai pas parlé, c'est parce que cet espoir est si mince qu'il tient du surréaliste ?!"
Jason acquiesça d'un signe de tête.
"Je vais continuer à chercher ta mère. Finit-il par soupirer ; Mais j'ai peu d'espoir, je te le répète encore.
- Tu n'as toujours pas répondu à ma question. Remarqua Jason ; Quand partons-nous à la recherche du Joker ?
- Quand nous saurons où il compte frapper."
Jason quitta le lit, en se massant la main endolorie par le coup qu'il avait porté au mur.
"Chercher la cible du Joker est quelque chose de difficile. Ta présence, et le récit que tu m'as fait du mois qui a précédé le drame... ça m'aide beaucoup à trouver la prochaine cible du Joker. Je te fais une promesse, Jason : quand il sera temps d'arrêter le Joker, tu seras prêt à m'y aider."
Jason esquissa un sourire, soudain plus confiant.
"Je meurs de faim !"
Il se releva alors, et se précipita hors de la chambre. Bruce et Jason se rendirent ensemble jusqu'au séjour où Alfred avait dressé la table, et aucun des deux n'évoquèrent plus de la soirée ni Dick, ni la mère du Jason.
Thom...