Young Liberty - La Genèse (Chap.3)
City of Heroes présente...
Young Liberty – La Genèse
Chapitre 3 : Poursuivie
- Un refuge ?
Gisèle avait vivement réagi devant le projet d'Influx.
- Attends, aider les habitants de l'immeuble, c'est déjà beaucoup... mais un refuge ? Est-ce que tu as une idée de ce dans quoi tu vas nous impliquer ?
- Que veux-tu faire d'autre ? Des gens sont en train de mourir, là, en ce moment même, tout autour de nous ! Allons-nous rester ici bien sagement, à attendre les secours ? Tu as passé ta vie à te cacher ce que tu es, Gisèle ! Il est temps de grandir un peu !
Un froid était tombée dans la pièce. Samantha était quelque peu désarçonnée par cette situation. Un instant plus tôt, il y avait une franche camaraderie entre les deux, et voilà soudain qu'ils se fusillaient du regard.
- Est-ce que tu as vu la situation au dehors ? Lança Influx ; C'est la guerre, Gisèle ! Des gens meurent, des gens sont tués par des créatures d'un autre monde, les Super-Héros sont débordés, tout le monde doit mettre la main à la pâte, même les Micros !
Samantha aurait voulu demander ce qu'était un Micro, mais n'osa pas intervenir. Sur les matelas au fond de la pièce, les deux fillettes étaient figées, observant la crise avec un air gêné. Gisèle, elle, baissa les yeux d'un air fautif.
- J'ai du mal à m'y faire. Admit-elle ;
- Il le faut, pourtant. Il faut que chacun fasse ce qu'il peut, et ça passe aussi par la mise en place de centres d'accueil comme celui qu'on va installer ici. Je suis persuadé que d'autres vont apparaître ailleurs, partout. Le nôtre sera l'un d'entre eux, un grain de sable dans le sablier.
Gisèle eut alors un léger vertige, et Samantha sentit l'atmosphère s'alourdir légèrement.
- Je commence à sentir un peu plus le poids du champ de force. Je pense qu'il a déjà diminué en taille. Tu vas partir combien de temps ?
- J'ai juste besoin de récupérer un ami qui est coincé quelque part. Il m'a dit être en sécurité, mais qu'il ne pourrait pas rester là-bas éternellement, ce sera donc notre premier réfugié. J'en aurai pour une petite demi-heure.
- J'aurai besoin d'un coup de boost, alors.
- Sans problème.
Il s'approcha d'elle, et prit ses poignets dans ses mains. La tension était redescendue, mais une gène demeurait. Lorsqu'il lui donna un influx d'énergie, il n'y eut pas la moindre sensualité entre eux. L'atmosphère dans la sous-sol blindé redevint plus légère, et Samantha sut que le champ de force avait reprit sa taille maximale.
- Bon, j'y vais tout de suite, pas la peine d'attendre que l'influx soit terminé.
Samantha ne savait pas combien de temps avait duré cette altercation entre Gisèle et Influx, mais elle ne pensait pas que ça ait duré plus de vingt minutes. Ce qui signifiait que l'influx, même s'il durait trente minutes, commençait déjà fortement à faiblir au bout de vingt minutes.
Les deux femmes se retrouvèrent finalement seules. Un silence s'était installée entre elles, au contraire de Céline et Alice qui, dans leur coin, commençaient leurs jeux d'enfants qui étonnaient toujours Samantha, de par cette faculté à oublier les évènements tragiques pour faire face au quotidien. Elle avait déjà éprouvé cette même surprise teintée de fierté à la mort de Salomon, lorsqu'elle avait vu comment les deux fillettes avaient redressé la tête malgré leur peine immense afin de faire front commun avec leur mère.
- Tu as connu Influx comment ?
Influx releva les yeux vers Gisèle, et esquissa un sourire.
- Nous avons... failli avoir une histoire. Nous nous sommes rencontré il y a quelques années, je faisais partie d'un groupe de gens qui viennent de découvrir leurs pouvoirs. Certains se destinaient à une carrière de Super Héros, et d'autres comme moi préféraient apprendre à les cacher.
- Et Influx ? Qu'est-ce qu'il faisait là-bas ? Je ne crois pas me tromper en disant que ce garçon n'a aucun pouvoir !
- Non, je te le confirme. Il était chercheur dans l'université où je suivais ces réunions. Je l'ai croisé à la sortie d'une séance, et nous avons sympathisé. Il savait pourquoi j'étais là, je n'ai pas pu cacher mon pouvoir, et il a voulu en savoir plus. Ca me convenait bien, car le groupe ne me plaisait pas. Petit à petit, c'était devenu un fan-club de Super Héros, et je n'y trouvais pas place. Trouver Influx m'a transformée.
Tandis que Gisèle se confiait, Samantha parcourut la pièce, faisant de tête l'inventaire des lieux. Du côté des fillettes, elle avait déjà repéré matelas et lits. Quant aux cartons, elle n'y jeta qu'un oeil, mais y vit des bouteilles d'eau et des boites de conserves. Voilà qui était de bon augure pour la suite, au moins. Par-dessus les lits pliés, elle trouva un enchevêtrement qu'elle devina être ce qu'elle cherchait : elle en prit donc une, et la déplia devant elle.
- Voilà déjà deux chaises pour vous. Vous en voulez, les filles ?
- Non ! S'exclamèrent les fillettes en choeur, et Alice d'ajouter : On reste sur les matelas !
Elle déplia une seconde chaise, et revint auprès de Gisèle, à qui elle en tendit une, avant de prendre place face à elle.
- Tiens, je pense que pour maintenir ton bouclier correctement, au bon endroit je veux dire, il vaut mieux que tu sois bien au milieu de la pièce. Tu as donc quitté le groupe des Super Héros anonyme, c'est bien ça ? En quoi Influx a-t-il été d'un meilleur support ?
Gisèle eut un petit rire.
- Voilà. A cette époque, il n'avait pas encore son armure. Je ne me permettrais pas de te dévoiler son identité, je pense que tu peux comprendre ça, mais il travaillait déjà dessus. Il voulait aider la communauté Super Héroïque, à sa façon. Quand je lui ai dit que je ne savais pas utiliser mes pouvoirs, que mes bulles de savons apparaissaient n'importe quand, sans raison...
- Bulles de savon ?
- Oui, à cette époque, elles n'avaient que la taille de bulles de savon. Par contre, elles étaient un peu plus consistantes : des bulles projetées par erreur sur un verre pouvaient le faire tomber par terre, et j'ai eut quelques problèmes avec ça. Mais Influx m'a fait comprendre que pour faire cesser ces crises où mes pouvoirs semblaient devenir fous, je devais d'abord... apprendre à les utiliser volontairement. Il m'y a alors aidé.
Samantha ne commenta pas. Elle n'aurait jamais imaginé que les Super Héros puisse avoir autant de difficulté le jour où ils découvraient leurs facultés. Elle se demanda ce qu'avait été la vie de Statesman avant qu'il ne maîtrise son incroyable force. Sans parler de Miss Liberty...
- Tu as dis que vous aviez seulement failli avoir une histoire. Pourquoi ça ?
- Ce n'est pas très difficile à deviner. Influx m'aidait à développer mon pouvoir, et j'ai rapidement fait des progrès assez conséquents. Nous passions beaucoup de temps ensemble, et nous aurions pu vivre quelque chose, jusqu'à ce qu'un litige nous sépare. Influx voyait ma faculté à créer des bulles d'énergie s'accroître sensiblement, et commençait à chercher comment les exploiter pour aider les gens. Il avait totalement oublié la raison pour laquelle j'avais commencé cet entraînement.
- ...apprendre à les contrôler pour mieux les neutraliser. Compléta Samantha ;
- Voilà. Lui ne comprenait pas pourquoi je ne voulais pas exploiter ces dons. Il éprouvait une certaine fierté à se savoir responsable de ces progrès. J'avais l'impression qu'il me considérait redevable pour ces progrès que j'avais fait. Finalement, nous nous sommes séparés avant même d'avoir entamé une histoire ensemble.
Samantha n'intervint pas immédiatement. Elle sentait une certaine amertume dans les paroles de la jeune femme. De toute évidence, elle regrettait d'avoir eut cette impression à l'époque. Regrettait-elle d'avoir laissé Influx partir loin d'elle ? Étrangement, il manquait une pièce pour comprendre vraiment là elle se trouvait à présent.
- Vous vous êtes séparés en si mauvais termes ? Je n'ai pas senti de tension entre vous quand vous vous êtes retrouvés, à part lorsque tu as protesté contre son idée de refuge...
- Nous nous sommes revus depuis, une fois. Nous avons pansé nos plaies. Entre temps, il était devenu lui-même un Super Héros, et se faisait appeler Influx. C'est en découvrant ce fait que j'ai compris que j'avais été dans l'erreur. Son désir de justice était totalement sincère. Il me l'a encore prouvée aujourd'hui.
A nouveau, Samantha n'osa pas intervenir. La pointe de tristesse dans la voix de l'institutrice était encore perceptible, même s'il semblait plus s'agir d'un reste d'amertume que d'un véritable regret qui la ferait encore souffrir.
- Et comment est-il devenu Influx, au juste ?
Samantha se redressa, chassant toute idée noire de ses pensées.
- Je ne pense pas que ça soit à moi de raconter ça. Libre à lui de te le raconter s'il le souhaite. Bon, et cet endroit, c'est grand comment ?
Elle se leva, et parcourut lentement la pièce. Samantha imaginait bien qu'elle doive conserver un minimum d'attention pour maintenir son champ de force, malgré l'influx auquel elle avait eut droit, et savoir que le bouclier se déplaçait avec elle ne la rassurait pas vraiment.
- Tu ne crois pas que tu devrais rester au milieu de la place, immobile ?
- Si je fais ça, je vais très rapidement en avoir marre. Il y a d'autres pièces que celle-ci ?
- Il y a une porte de l'autre côté.
Elle désigna une petite porte dissimulée dans le mur, qui se situait face à l'entrée. A vrai dire, elle-même ne l'avait pas remarquée en entrant, ni même en parcourant la salle. Elle ne se souvenait de cette porte qu'à cause de la visite qu'on lui avait fait faire avant d'emménager.
- On pourrait installer une table et des chaises au milieu de la pièce ? En faire le lieu stratégique de notre refuge... il faudra bien que tu y sois le plus souvent possible, quand même. Même s'il n'est pas question que tu y restes en permanence...
- Ah, des chiottes !
Samantha eut un petit rire, et se dirigea vers la porte derrière laquelle avait disparu Gisèle. Cécile et Alice, en entendant la découverte de leur institutrice, s'étaient précipité pour découvrir les lieux les premières.
- Preums pour le pipi ! S'exclama Alice ;
- Non, c'est moi la preums ! Protesta Cécile ;
- Trop tard, j'ai dit preums la première !
- Maman !!
La petite fille se précipita auprès de sa mère, pleurant à chaudes larmes, et Samantha fut impressionnée de voir avec quelle facilité elle était capable de provoquer une crise de larmes d'une telle ampleur. Elle prit Cécile dans ses bras, et franchit la porte qui menait sur un petit couloir qui menait, après une porte fermée, sur une cuisine d'une taille similaire à la sienne, à savoir pas très grande. Elle y retrouva Gisèle, mais pas sa fille. Les pleurs de Cécile ne firent que redoubler.
- Où est Alice ?
- Elle est dans les toilettes, à l'entrée.
- Allons Cécile, ta soeur était la preums, elle a le droit d'aller la première dans les toilettes !
- Mais je veux faire pipi ! Argua la demoiselle derrière un mur de larmes ;
- Tu iras après. Allez, arrête de pleurer.
Elle déposa sa fille au sol, et se tourna vers sa nouvelle amie.
- Les toilettes font quelle taille ?
- Pas très grandes, plus petites que cette cuisine. Mais il y a de l'eau, pour se laver. On peut tenir pas mal de temps ici, je pense.
- Tu trouves quelque chose ?
Gisèle avait commencé à fouiller les quelques placards autour d'elle, mais ils étaient tous désespérément vides.
- J'imagine que tout est dans les cartons du séjour. Viens, retournons y jeter un oeil.
Elle n'aimait pas l'idée de savoir Gisèle si loin de l'entrée du bunker. Elle avait du mal à cerner la taille effective de la bulle protectrice, et craignait qu'une créature des cauchemars du dehors ne réussisse à pénétrer dans les lieux. Même sans parvenir à traverser le champ de force, il pouvait faire de sérieux dégâts dans la pièce, et rendre leur refuge inhabitable.
Elles retournèrent donc dans la pièce principale, mais aucun monstre ne les y attendait. Gisèle alla farfouiller dans les cartons du fond, et y trouva principalement des conserves et de l'eau, comme l'avait déjà vu Samantha.
- Même pas de lait. Soupira-t-elle ; C'est un peu gênant.
- Du lait ?
Gisèle se tourna vers elle, et croisa son regard étonné. Elle eut à son tour une mine exprimant une franche gêne, avant d'ajouter qu'elle pensait aux enfants. Samantha réfléchit un instant. Les bruits de destruction, bien qu'encore présents, étaient assez lointain à présent. Se pouvait-il que les envahisseurs aient déjà commencé à être repoussés par Statesman et ses compagnons d'armes ? Quoi qu'il en soit, il allait lui falloir partir du principe qu'elle pouvait rester longtemps ici.
- Je pourrais peut-être faire un tour dans mon appartement ? Hasarda-t-elle ;
Cette fois, c'est une véritable surprise qui apparut sur le visage de Gisèle, et qui se mua en quelque chose de très proche de la peur.
- Tu ne peux pas sortir ainsi, Samantha. Je sais qu'ici, on est à l'abri, mais... ma Bulle ne durera pas éternellement, je vais finir par devoir fermer cette porte, et attendre le retour d'Influx.
- Si tu fermes la porte, tu ne l'entendras pas revenir, c'est insonorisé. Quand ton champ de force reprendra sa taille normale, tu devras te placer juste devant la porte. Ton champ de force remplacera la porte blindée.
L'idée était lumineuse. Samantha s'avouait franchement surprise que ça lui soit venu ainsi, comme une évidence.
- Ecoute, il y a de la nourriture et du lait chez moi.
- Je me fiche du lait, je...
- Je sais. La coupa-t-elle ; Peu importe. Ici, on va avoir besoin d'une télévision. D'une radio. Je n'en ai pas vu. Et puis... il y a peut-être des gens dans cet immeuble, qui sont cloîtrés dans leurs appartements. Nous devons les prévenir, leur dire qu'ils seront en sécurité avec nous. J'ai besoin de toi pour garder les lieux, Gisèle. Et pour garder mes filles.
Un lourd silence tomba après ce discours. Elle avait du mal à croire que c'était elle qui avait prit la parole. Car elle savait ce qu'il impliquait. Elle venait de prendre une part active dans ce refuge que voulait créer Influx.
- Maman ! Alice sort pas des toilettes et je veux faire pipi !!
***
Samantha arriva sur le pallier avec une franche anxiété. Elle était encore dans la bulle, ou du moins elle n'en avait pas vu la limite jusqu'à présent. Et puis, elle sentait à nouveau un léger poids dans l'atmosphère, indiquant que l'influx sur le pouvoir de Gisèle commençait à faire moins d'effet. Bientôt, elle n'arriverait plus à le maintenir à sa taille maximale. Il fallait donc qu'elle fasse vite.
Samantha se précipita vers l'ascenseur, et pressa le bouton. L'immeuble était intact, et rien ne disait qu'il ne fonctionnait plus. Bien sûr, les mesures de sécurité conseillaient de ne pas prendre d'ascenseur en cas d'incendie, mais... techniquement, il n'y avait pas d'incendie, n'est-ce pas ?
Elle pénétra dans l'ascenseur, et après avoir appuyé sur le bouton de son étage, elle sentit s'élever la machine. En cet instant, elle réalisa que jamais elle n'avait senti cette machine aussi pesante, lourde et encombrante. Elle s'y sentait à l'étroit, et cette impression d'étouffer ne fit que s'accroître lorsqu'elle vit la limite rougeâtre de la bulle traverser le plafond et disparaître dans le sol. Désormais, elle n'était plus protégée par Gisèle.
Elle arriva à son étage, et se précipita vers son appartement. Y pénétrant, elle se dirigea droit vers la cuisine, ouvrit un placard et sortit une boîte de céréales, celle qu'elle avait achetée pour ses filles. Un peu de lait au frigo, puis elle prit la télévision portative sur le frigo, celle qu'elle utilisait pendant qu'elle faisait la vaisselle, celle qu'elle avait souvent utilisé pendant les vacances.
Elle prit enfin un sac, y fourra céréales et lait, avant de quitter l'appartement sans même verrouiller derrière elle. Elle se sentait de plus en plus inquiète, et regrettait de plus en plus ce discours qu'elle avait tenu devant Gisèle. Et aussitôt ce discours était-il revenu à sa mémoire qu'elle regretta de ne pas avoir continué de l'oublier. Car soudain, elle se rappela de cette assurance qu'elle avait eue, lorsqu'elle avait affirmé devoir inciter les habitants de l'immeuble à descendre dans leur refuge.
Un peu amère, elle posa son sac et la télévision portative. Elle jeta un oeil à la porte la plus proche, et appuya sur la sonnette. Elle réalisa qu'elle ne connaissait pas le nom de cette voisine. Ni le sien, ni celui d'aucun de ses autres voisins, par ailleurs.
- Madame ? Lança-t-elle ; Je suis votre voisine de pallier, nous sommes en train d'installer un refuge dans le sous-sol, venez avec nous !
- Je suis bien là !
La voix était faible, emplie de terreur. Une voix tremblante, probablement une personne âgée.
- Madame, il se passe quelque chose de terrible au-dehors, vous êtes en danger, venez je vous dit !
- Je sais très bien ce qu'il se passe. Statesman va nous sauver !
- Madame, Statesman n'est pas ici, nous devons nous abriter le temps qu'il arrange la situation.
Voilà exactement ce que Samantha détestait dans ces Super Héros pleins de bonne volonté qui quadrillaient le pays. Ils avaient donné l'impression à la population que les questions de sécurité n'était pas de leur ressort, que seuls les Super Héros devaient s'en préoccuper. Que s'ils se retrouvaient devant une situation dangereuse, un Super Héros viendrait nécessairement les sauver. Mais aucun Super Héros n'était venu sauver son mari.
- Je suis bien ici ! Répéta la voix féminine derrière la porte ; Allez vous-en ! Votre bunker n'est pas plus sécurisé que mon appartement !
- Le bunker est blindé ! Rétorqua Samantha, excédée ;
- Ces créatures se fichent bien de votre blindage ! S'exclama son interlocutrice ; Ils utilisent des canons lasers, des chars, des vaisseaux spatiaux...
- Nous avons un Super Héros qui nous y protège !
Samantha n'avait pas trouvé de meilleur argument. Bien entendu, Gisèle n'était pas un Super Héros en activité, et Influx n'avait aucun pouvoir. Mais à eux-deux, même si Influx était pour le moment absent, il devait bien équivaloir à un Super Héros, non ?
- Un Super Héros ?
La porte se déverrouilla, et une vieille dame au visage ovale, surmonté de cheveux blancs, lança à Samantha un regard interrogatif.
- Qui ça ? Synapse ? Le Cogneur des Bas-Fond ?
- Non, euh... écoutez, je n'ai pas le temps de vous répondre, venez avec moi !
Un bruit de verrou se fit soudain entendre dans le couloir. Samantha regarda vers sa droite, et vit deux portes s'ouvrir successivement. Dans la plus proche, un jeune homme mal rasé apparut alors, et lui lança un regard plein d'espoir.
- Il y a un Super Héros en bas ? Demanda-t-il ;
- Oui ! Ragea Samantha, tout en se félicitant d'avoir touché la corde sensible ; Bon, prenez tous quelque chose à manger ou... je sais pas, quelque chose d'utile ! Vous avez cinq minutes !
- Il faut pas prendre l'ascenseur en cas d'incendie ! S'exclama une voix inconnue dans l'un des appartements ;
- Il n'y a pas d'incendie ! Répondit Samantha du tac au tac ; Et il faut avant tout se dépêcher, je ne veux voir personne dans ce couloir ! On risque d'attirer des créatures !
Elle attendit patiemment sur le pallier. Le jeune homme mal rasé qui était intervenu un instant plus tôt fut le premier à le rejoindre, tenant un petit ordinateur dans ses mains, et d'autres accessoires électroniques que Samantha n'avait jamais vu.
- Qu'est-ce que vous faites ? Lança-t-elle alors ; Vous croyez vraiment qu'on va pouvoir jouer à l'ordinateur ?
- Et vous, est-ce que vous pensez que nous avons le temps de discuter de ça ? Lança-t-il ;
Elle haussa les épaules d'un air las, et l'invita à rejoindre l'ascenseur. Il resta près de l'entrée, maintenant la porte ouverte, et Samantha en profita pour glisser son sac et sa télévision portative dans la cage d'ascenseur.
D'autres habitants commençaient à venir. Samantha jeta un vague regard à ce que chacun avait choisi de prendre avec lui, et fut surprise de voir autant de cadres avec une photo. Elle se demanda en quoi cela allait bien pouvoir être utile, et jeta un regard dans la pièce du fond. Une porte était restée fermée.
- Qui habite là-bas ? Lança-t-elle alors, se maudissant de ne pas mieux connaître ses propres voisins ;
- C'est madame Piana. Répondit la vieille dame depuis l'ascenseur ; Je ne l'ai pas vu depuis hier.
Samantha regarda l'intérieur de la cage, et s'aperçut qu'il était plein. Impossible d'y entrer sans dépasser le nombre maximal de personne autorisé.
- Vous savez où est l'abri antiatomique ?
Tous acquiescèrent. Évidemment, ils avaient tous eut droit à une visite, tout comme elle.
- Bon, alors allez-y et renvoyez-moi l'ascenseur. Videz tout l'ascenseur, même de mes affaires. Je prend encore des babioles, et je vous rejoins.
Un instant après, la porte se referma, et Samantha se retrouva seule dans le couloir vide. Les portes ouvertes des appartements désormais inoccupés donnaient une image lugubre à ce lieu tout à fait dérangeante. Samantha retourna dans son appartement, et regarda ce qu'elle pouvait y trouver.
Elle ne trouva rien d'indispensable à leur survie, elle se contenta donc d'une vieille photo de famille où elle se trouvait avec Salomon et leurs deux filles.
Elle sortit de son appartement, et se dirigea vers le dernier du couloir, le seul dont la porte était encore fermé. Cette madame Piana n'avait-elle donc rien entendu de leur sortie mouvementée ?
- Madame Piana ? Appela-t-elle ; Est-ce que vous êtes là ?
N'obtenant aucune réponse, elle frappa à la porte. Sous le simple choc de sa main sur le bois, la porte sortit de ses gonds et s'écrasa lourdement à terre. Samantha sursauta, et dévisagea ce spectacle terrible qui s'y trouvait. Dans l'entrée de l'appartement, on pouvait voir une vieille commode couverte de poussière. Derrière cette commode, le sol avait disparu et seul le vide s'étendait au-delà de ce point, laissant apparaître au loin un autre immeuble. Une épaisse poussière se dégageait des gravats, et d'imposants pylônes métalliques sortaient par endroit, pointant vers l'extérieur.
Samantha resta bouche bêe devant ce spectacle de désolation. Jamais elle n'aurait pu imaginer de tels dégâts sur une partie aussi réduite de l'immeuble. De toute évidence, il n'avait essuyé que les dégâts collatéraux d'un tir ou d'une bombe toute proche. D'ailleurs, en face, elle pouvait non-seulement voir un immeuble tout aussi ébranlé, mais d'autres à moitié dévastés, couverts de flammes. L'un d'entre eux avait même été totalement rasé, tandis que le moins touché, celui qui lui faisait face, était orné de longues traces noires semblables à des griffes, qui ornaient son flan. Et malgré la distance, il semblait bien à Samantha que les vitres autour de ces immenses griffures avaient fondue.
- Nom de Dieu...
Tout à sa contemplation, Samantha n'avait même pas réalisé qu'elle venait de pénétrer dans ce qu'il restait de l'appartement. Si Madame Piana avait été dans cet appartement, alors elle était désormais morte. Elle n'osait imaginer, en voyant ce spectacle de désolation, à quoi les voisins de cette victime avait été témoins depuis leurs fenêtre. Soudain, elle comprenait la terreur dans la voix de la personne âgée. Et désormais, elle ressentait la force de l'espoir qu'avait dû faire naître en eux l'évocation d'un Super Héros.
Elle poussa un cri lorsqu'une silhouette métallique de couleur noire passa soudain devant elle. Elle recula précipitamment, et même si la silhouette avait disparu, Samantha avait maintenant le coeur qui battait à tout rompre. Elle se précipita à travers le couloir, jusqu'à l'ascenseur qui n'était toujours pas arrivé. Elle appuya sur le bouton d'appel, et jura intérieurement. Si seulement elle avait pris cet ascenseur.
Elle entendit un bruit violent dans l'appartement dévasté. La créature qui venait de passer l'avait certainement vue, et avait rebroussée chemin. La porte de l'ascenseur s'ouvrit devant elle, et elle en remercia le seigneur en pénétrant dans la cage, appuyant frénétiquement sur le bouton du rez-de-chaussée. Les portes commencèrent à se refermer, mais trop tard : une créature métallique, à la silhouette identique à celle qui les avaient agressées, apparut dans le couloir. Le visage qu'elle vit ne laissait pas place au doute : sous ces armures noires, c'était bien les mêmes créatures qui se trouvaient. Leurs regards se croisèrent et, à nouveau, Samantha fut frappée par cette haine qu'elle pouvait lire dans les yeux de cette créature.
Juste avant que les portes soient closes, et que l'ascenseur entame sa descente, Samantha vit la créature brandir une immense lame, évoquant une épée, et s'élancer dans sa direction. Elle commença à trembler tandis que l'ascenseur la conduisait au rez-de-chaussée. Elle y arriva enfin, et si Samantha était ravie de pouvoir sortir de la cage d'ascenseur, elle réalisa avec effroi qu'elle n'avait pas traversé le champ de force. La demi-heure était donc écoulée.
Elle courut vers la porte du bunker, et ignora autant qu'elle put le bruit métallique qu'elle entendit dans son dos, et cette impression que la créature venait de forcer l'entrée par le plafond. Elle était presque arrivée, et sentit soudain quelque chose d'une chaleur terrible lui frôler la joue. Elle plongea d'instinct à terre, et un rayon lumineux passa au-dessus de sa tête, tandis qu'un bruit immense résonnait devant elle. Relevant la tête, elle réalisa que le plafond du premier étage venait de s'écrouler devant l'entrée du Bunker.
Samantha était bouche bée. Elle se releva, en suppliant intérieurement le ciel de lui venir en aide, et se précipita au-dehors. En pleine rue, elle était à nouveau exposée au moindre danger, mais le plus immédiat se trouvant dans le hall de l'immeuble, elle n'avait pas d'autre choix. Elle courut vers l'immeuble voisin, espérant y trouver un autre bunker, mais en vain.
Elle se retrouva violemment jetée au sol. Se retournant, elle découvrit cette créature de cauchemars tapie derrière son armure noire, qui la regardait d'un air amusé. Dans ses yeux, Samantha pouvait cette fois lire quelque chose de proche de la folie furieuse, mais également une certaine joie.
- Non...
La créature leva sa lame, visant le visage de sa victime. Soudain, trois longs bâtons de bois se plantèrent presque simultanément dans son visage sans protection. La créature tituba un instant, et une nouvelle flèche se ficha dans son torse. Un froid intense se dégagea alors, et une sorte de mousse épaisse, semblable à de la gélatine, sortit de l'extrémité du projectile, recouvrant la créature qui se débattait pitoyablement en poussant des cris plaintifs. Bientôt, le gel prit du volume tout en se solidifiant, et la créature finit piégée dans un imposant bloc de glace.
- On dirait que j'arrive à temps, mademoiselle.
Samantha tourna les yeux, et découvrit une personne toute vêtue de blanc, une croix blanche se détachant sur sa tunique noire, accompagnée d'un pantalon ample orné de signes tribaux. L'inconnu gardait son visage caché derrière un foulard qui voletait au grès du vent.
- Juste ciel... souffla Samantha ;
- Non, Juste Croix.
L'inconnu se trouvait à deux mètres d'elle environ, debout sur un arrêt d'autobus aux vitres brisées. Il sauta et atterrit à pieds joints sur le sol. Ce n'est qu'alors que Samantha réalisa qu'il tenait fermement un arc dans sa main gauche. L'inconnu s'avança vers Samantha, et lui tendit une main secourable pour l'aider à se relever. Une fois à sa hauteur, Samantha fut surprise en découvrant le visage de ce Juste Croix qui l'avait sauvée, couvert de rides.
- Mais, vous...
- Je suis vieux ? Je ne suis certes plus de toute première fraîcheur, mais après vous avoir sauvée, j'attendais un peu plus de reconnaissance de votre part, avouons-le.
- Vous ne comprenez pas, je...
Elle n'acheva pas sa phrase. Elle n'avait jamais vu quelqu'un d'aussi agile et d'une apparence aussi puissante dans un corps pourtant aussi âgé. Puis elle comprit. Un Super Héros. Un vieux Super Héros.
- Ne restons pas là. Intima Juste Croix ; D'autres vont venir. Ils considèrent ce secteur sous contrôle, mais font encore des rondes régulières. Suivez-moi.
- Non, attendez ! Venez avec moi, j'ai un abri dans cet immeuble, nous serons en sécurité...
Juste Croix leva les yeux vers l'immeuble, et Samantha découvrit alors que sa façade était également vrillée de longues griffes qui, à cette distance plus faible que lorsqu'elle avait vu celui depuis l'appartement délabré, se révélaient en réalité être d'imposantes traces de brûlures. Qu'est-ce qui avait pu cause ça ? Le regard de Juste Croix descendit le long de l'immeuble, accrocha un instant l'entrée, puis termina sur la créature enfermée dans son cercueil de glace.
- Oui, en sécurité. De toute évidence.
- Ce n'est pas ce que vous croyez ! Assura Samantha ; Nous avons un bunker là-bas, j'y allais quand il m'a attaquée, et il m'a empêchée d'y entrer ! Nous avons des murs blindés, nous serons en sécurité.
- Ecoutez, j'ai vu de quoi ces créatures sont capables. Ce ne sont pas quelques murs blindés qui les arrêterons...
- Mais c'est pas vrai ! Ragea Samantha ; Nous avons un Super Héros avec nous !
- Vraiment ?
Cette fois, l'intérêt de Juste Croix semblait avoir été plus sérieusement éveillé, et ça ne fit qu'exacerber la colère de Samantha.
- Un Super Héros, et qui ça ?
- Mais on s'en fiche ! Vous venez, oui ou non ?
Juste Croix était sidéré de se voir ainsi molesté par la personne qu'il venait de sauver. Il jeta cependant un regard à l'entrée de l'immeuble, et invita Samantha à ouvrir la marche.
- Fichus Super Héros !
Samantha marmonnait de rage tout en avançant d'un pas rapide jusqu'à l'entrée de l'immeuble. Les gravats tombés du plafond avaient recouvert l'entrée, et Samantha poussa un soupir.
- L'entrée est derrière. La créature a bloqué l'entrée au moment où j'allais y entrer.
- Ca ne doit pas être un hasard, elle a dû sentir que cet abri était solide. Trop pour son équipement actuel, sans doute. Bon, écartez-vous.
Elle le regarda tirer trois flèches du carcan qu'il dissimulait dans son dos, sous la veste ornée d'une croix blanche. Il banda son arc, et visa le tas de gravas. Samantha ne savait pas ce que trois malheureuse flèche allait bien pouvoir faire, mais par sécurité, elle s'éloigna autant que possible de Juste Croix, se cachant dans l'escalier derrière l'ascenseur.
Un instant après, une violente explosion retentit. De la poussière envahit l'escalier, et le souffle propulsa des cailloux et de petits débris partout. Un instant après, une fois le souffle retombé, Samantha se releva et pénétra dans le nuage de poussière, et rejoignit son nouveau protecteur.
- Bon, un point pour vous, vous avez fait du bon travail.
En effet, Juste Croix avait totalement dégagé l'entrée. Bien sûr, ces mêmes gravas étaient maintenant dispersés dans le hall, et une imposante poussière commençait à lui encombrer la gorge. Mais au moins, l'abri n'était plus isolé.
- La porte est fermée. Remarqua Juste Croix avec pertinence ;
Samantha s'approcha de la porte, et frappa dessus.
- Gisèle ! S'exclama-t-elle alors ; Ouvre-moi !
Un instant s'écoula, et Samantha crut avec effroi qu'elle allait devoir partir loin de ses filles. Puis il y eut un bruit sourd provenant de la porte, comme un mécanisme qui bougeait, et la porte s'ouvrit enfin.
Le visage rassuré du jeune homme mal rasé qu'elle avait vu sur son pallier apparut alors. Il ouvrit la porte en grand, et Samantha vit que le champ de force de Gisèle, redevenu vert, bordait l'entrée du bunker. Elle pénétra dans la pièce, suivie de Juste Croix qui observa la bulle avant de la traverser.
- Un champ protecteur, alors ? Très impressionnant, madame.
Il s'était directement adressé à Gisèle, sans l'ombre d'une hésitation. La jeune femme le dévisagea, incrédule, sans oser répondre. De toute manière, Samantha devina à son air concentré qu'elle avait dû à nouveau concentrer tous ses efforts pour maintenir le champ de force.
- Fermez la porte, que je puisse souffler... lança-t-elle ;
- On devrait attendre Influx. Lança Samantha ; Il ne devrait plus tarder, non ?
Gisèle acquiesça sans conviction, puis désigna le nouveau venu d'un signe de tête.
- Qui est-ce ? Et que s'est-il passé, en haut ? On a entendu une explosion après qu'on ait refermé la porte !
- Je te présente Juste Croix. J'ai été poursuivie par une des créatures que tu connais, et ce monsieur a eu la gentillesse de me sauver la vie.
- Ce fut un plaisir.
L'homme s'inclina poliment, et Samantha se demanda s'il allait faire une révérence. Mais non.
- Pourquoi aviez-vous fermé la porte, à propos ? Je veux dire... de toute évidence, ce n'était pas un grand tord, mais quand même...
- Je leur ai demandé de fermer dès que j'ai senti que l'influx me quittait. Je savais que tu frapperais à la porte, mais cette explosion, qu'est-ce que c'était ?
- C'était la créature, qui n'avait pas envie que j'ouvre cette porte.
Samantha parcouru la pièce du regard, et compta huit personnes en plus de ses filles et Gisèle. L'abri allait rapidement être débordé.
- Excusez-moi ?
Une voix inconnue venait de s'adresser à eux, venant de l'entrée. Un nouvel inconnu se présenta à eux, l'air intrigué.
- Gisèle est bien ici ?
- Oui, qui êtes-vous ? Lança Samantha ;
- C'est vous ? Demanda l'homme ; Je suis Steve Alton, un ami d'Influx.
- Il est venu avec moi.
Dans l'embrasure de la porte, Influx équipé de son armure venait d'entrer. Il tenait son casque dans ses mains, et regardait les gravas dans l'entrée, qui commençait à entrer dans le bunker.
- Excusez-moi de poser cette question, mais... c'est quoi, tout ce bordel ?
À suivre...
Thom...